Éducation au numérique

L’école de Peillon sera-t-elle vraiment 2.0 ?

L'INTERNET
L’INTERNET

Mesdames et messieurs, le Ministère de l’éducation nationale a l’honneur de vous annoncer sa nouvelle stratégie numérique pour une école dans l’ère du numérique ! Une école 2.0, disent-ils. Ça y est ! L’école s’est enfin rendue compte de son retard et de son autisme vis-à-vis des médias numériques pourtant omniprésents dans la vie des jeunes depuis plusieurs dizaines d’années. Alors après le constat, l’action. Et ça rigole pas.

2 – 3 mesures par ci, par là

   > Des enseignants so 2.0

Pour inciter les enseignants à ne plus redouter les ordinateurs, ces technologies diaboliques-oh-mon-dieu-mais-comment-fait-on-pour-aller-sur-Internet-il-faut-cliquer-douze-fois-sur-l’icône-Internet-explorer-non?, les nouveaux garants des savoirs de nos chères têtes blondes bénéficieront d’enseignements à distance. Les fameux espaces numériques de travail seront donc privilégiés dans la formation des futurs enseignants, à l’heure où la majorité des étudiants passent déjà plusieurs certificats informatiques, les B2I et C2I, qui confirment déjà leurs aptitudes informatiques.

Et comme c’est dans l’air du temps, un réseau social leur sera dédié. J’attends avec impatience les photos des perles de bac, les statuts désespérés appelant à l’aide, les événements syndicaux… Bon là j’avoue, j’exagère.

   > Le paradis des parents

ordinateurs
L’école 2.0 sera équipée d’Internet.

Les parents aussi auront droit à leur plateforme. L’histoire ne dit pas vraiment à quoi cet espace servira. Les inscriptions en ligne au lycée ou aux options seraient déjà des possibilités. Super ! Comme ça les parents pourront définitivement inscrire leurs enfants à des options qui leur semblent « utiles » contre leur gré. Genre l’option d’allemand en seconde, le rattrapage du latin que tous les parents vantent. Alors qu’en fait, on n’en fait jamais rien.

  > Incroyable, des ressources pour les cours en ligne !

A l’instar de ce que fait déjà letudiant.fr depuis de nombreuses années, les élèves pourront bientôt avoir accès à des cours, des sujets et corrigés d’examens, et tout ça grâce au réseau de l’Internet. Dingue, non ?

   > L’Internet dans la classe

BREAKING NEWS : les écoles seront reliées au très haut débit ! Sérieusement. Même en 1996 à Soignolles en Brie, on avait Internet ! Et le gouvernement nous annonce ça comme une révolution. Bienvenue en 2012.

L’autre changement selon le 20h de France 2 de ce jeudi, c’est l’utilisation des médias numériques en classe. La journaliste s’extasie devant des élèves qui « doivent digérer l’information », un prof qui a dû avoir une webcam à Noël dernier et qui colle ses élèves devant des vidéos de lui récitant simplement son cours. Niveau utilisation du numérique en classe, une chose est sûre, on ne trouvera pas plus futile.

"Twitter, c'est bien." C. Freinet.
« Twitter, c’est bien. » C. Freinet.

Ce que ne montre pas France 2, ce sont les maîtres qui préfèrent faire utiliser Twitter aux enfants, inciter à la création de journaux scolaires, bref, laisser les jeunes être producteurs de contenus médiatiques. YOU FOOL !

3. 2. 1. 0

Mais dites, Monsieur Peillon, n’auriez-vous pas oublié quelque chose ? Mais, si vous savez… Ils sont 15 millions. Ils passent 12 ans à gober des cours la bouche ouverte sans qu’on ne se soucie un instant de l’épanouissement qu’ils pourraient tirer de leur enseignement.

Ben oui. Dans cette grande révolution de l’école du numérique, vous avez oublié les élèves ! Les jeunes qui ne vont pas être raccrochés au wagon de l’enseignement sous prétexte qu’on va les laisser aller sur Internet pendant les cours. Les jeunes qui, avant d’utiliser les médias, aimeraient avoir les clés pour en déceler les codes. Les jeunes qui pourraient être actifs dans leur apprentissage et qui ne demandent qu’à produire eux aussi des contenus !

Arrêtons de mettre à jour les logiciels, installons un nouveau système d’exploitation !

ATTENTION ! LA ! Des jeunes qui prennent des initiatives !
ATTENTION ! LÀ ! Des jeunes qui prennent des initiatives !

L’école 1.0 de Peillon est déjà dépassée. Tant qu’elle ne prendra pas en compte le fait que les élèves ne sont pas que des êtres aux cerveaux malléables et qu’elle n’intégrera pas une pédagogie plus active, elle continuera à alimenter les chiffres du décrochage scolaire. Alors que dans quelques classes, des initiatives existent, de façon fragmentée, pour amener les jeunes à exploiter et construire leur citoyenneté, leur regard critique. Mais visiblement, là n’est pas la priorité.

Cette école n’est pas 2.0. Le web 2.0 se définit par la simplicité et l’interactivité, la possibilité pour chacun de contribuer, d’échanger et de collaborer. Or les espaces de contribution et de production pour les élèves de cette « école numérique » sont inexistants.

Seule la création d’un Conseil du numérique éducatif intégrant des chercheurs, professionnels de l’éducation nationale et des collectivités territoriales apporte un petit espoir de voir naître un jour une école vraiment participative. Autrement, rien de bien nouveau sous le soleil…

> Le Nouvel Observateur : « La stratégie de Vincent Peillon pour une école 2.0 »
>
 L’éducation nationale en chiffres

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