Quand je me suis lancée dans l’aventure du blog « 2012 est à vous », nos partenaires ont envisagé d’associer France Inter qui prévoyait à la rentrée une émission sur les jeunes et la présidentielle. Eric Valmir, le journaliste en charge de ce projet ambitieux, était alors à la recherche des jeunes et du concept de son émission, en connaissance de cause des ratés déjà recensés dans ce contexte complexe. Allez faire parler des jeunes dans des micros sans tomber dans le jeunisme ou l’indifférence de l’audimat…

Je trouvais l’exercice particulièrement difficile : il fallait laisser assez de liberté aux jeunes pour qu’ils ne se brident pas, les inciter à exprimer leur vécu et leurs opinions, assumer parfois leur timidité ou leur militantisme, composer avec leurs personnalités, tout en répondant aux exigences du public de France Inter, généralement cultivé et en attente d’une parole réfléchie…

Embarquée

Au final, à force de proposer à mon entourage de rejoindre l’émission, j’ai fini par participer moi-même aux « Jeunes dans la Présidentielle », diffusée tous les samedis à 8h40. Depuis septembre, j’ai ainsi été face à Benoit Hamon (à une semaine du premier tour des primaires citoyennes), Vincent Vennin (président de la MJC de Ris Orangis) et Philippe Poutou, le candidat du NPA. J’ai eu l’occasion de rencontrer 5 autres « JDLP », et j’ai essayé de déterminer leurs motivations. Parce que oui, nous avons été sélectionnés parmi une centaine de jeunes… Pas selon les critères d’un panel représentatif (très difficile aujourd’hui), mais plutôt pour nos spécificités. Pierre est militant villepiniste (oui, ça existe !), Camille militante EELV, Ahmed est délégué général d’un réseau de 12 000 associations étudiantes (Animafac), Arthur était en études de médecine… Et puis moi, je suis engagée associativement, en contact permanent avec des jeunes de 16 à 25 ans.

Pour en venir au fait, j’ai cru comprendre que les jeunes rejoignaient l’émission pour plusieurs motifs :

  • le prestige de France Inter : la réputation de la radio la précède !
  • l’exercice technique : parler à la radio est un excellent exercice de diction pour un étudiant ou un jeune professionnel
  • le succès de l’émission : combien de jeunes de moins de 30 ans ont l’occasion de s’exprimer auprès de 3 millions d’auditeurs aujourd’hui ?
  • la rencontre de personnalités politiques haut placées
  • le fantasme du journaliste : beaucoup de jeunes se dirigent vers cette carrière en espérant interviewer les plus grands hommes de la planète
  • la curiosité : qui ne rêve pas de découvrir ce qu’il se passe derrière le poste de radio ?

C’est en forgeant que l’on devient forgeron !

Selon moi, plusieurs de ces motivations relèvent de l’éducation aux médias, et c’est bien ça qui m’a tenté derrière l’aspect ambitieux de s’entretenir avec des candidats à la présidentielle. La participation à l’émission demande un réel engagement qui est très bien récompensé. Nous décidons ensemble de la ligne éditoriale, des thèmes, des candidats que nous souhaitons interroger, et nous sommes alors responsables du succès ou de l’échec d’une entrevue. Nous prenons conscience du travail journalistique qui se cache derrière 16 minutes d’antenne pré-enregistrées : organisation logistique, prise de rendez-vous, élaboration de l’interview en détail, captures vidéo de contextualisation pour le IN et le OFF, communication autour de l’émission, retours d’audience etc.

J’ai toujours été partisane de la méthode learning by doing, je suis persuadée que l’apprentissage de la citoyenneté et des médias passe aussi par une ébauche de leurs pratiques. Quand j’étais directrice de publication de mon journal lycéen, « Dis Leur ! », j’ai appris à lire entre les lignes des articles journalistiques, à écrire de façon claire et concise, j’ai acquis mon esprit critique grâce à des rencontres avec des journalistes professionnels.
Eric Valmir nous permet donc de donner notre avis sur les sujets de société, de prouver que nous ne sommes pas aussi individualistes que certains le laissent croire, mais il participe également à notre culture médiatique, à la construction d’un « scepticisme éclairé », ce que peu de médias nous proposent à l’heure actuelle.

Et vous, que pensez-vous de l’émission ?

Crédit photo : Constance Devillers pour France Inter

Vous avez trouvé ce point de vue intéressant ? Partagez-le !