La question est récurrente dans le milieu du journalisme jeune et de la campagne présidentielle : comment intéresse-t-on les jeunes à la politique ? Existe-t-il une recette miracle pour nous amener aux urnes ? A priori, non. Sinon, nous ne serions pas les plus grands abstentionnistes !

Si l’on prend l’exemple spécifique de cette campagne, il y a de quoi être dégoûté de la politique. Voilà 4 ans qu’on nous parle de crise. Qu’on nous fait rentrer dans le crâne que nous ne trouverons pas de boulot à la sortie de nos études, diplôme du sup’ ou pas. Qu’on nous représente dans les médias comme des jeunes violents / votant pour Marine Le Pen / brûlant des voitures / assistés / drogués et alcooliques / accros aux écrans. Le cocktail est plutôt détonant !

EN MÊME TEMPS, COMPRENEZ-NOUS…

Les formes de protestation que nous affectionnons le plus, celles qui se passent dans la rue, n’ont eu aucun impact depuis 2007. Les lois que nous objectons passent dans notre dos, en plein milieu de l’été. Aucun recul du gouvernement sur la réforme du lycée, la réforme des retraites.
Pire, nous sommes abreuvés de propos que nous condamnons, qui nous choquent, nous indignent. Que faire face aux sorties régulières d’Hortefeux, Guéant, Sarkozy, Ciotti, Morano, Boutin,  Mariani et d’autres députés homophobes, xénophobes en i ?
Jeanette Bougrab, qui représente le secrétariat d’Etat à la Jeunesse, s’amuse à organiser une « Fête de la Jeunesse » avec Sexion d’Assaut (vous savez, les homophobes assumés), Orelsan, Sniper, Irma… Et prime le meilleur spot de prévention contre le « binge drinking ». Super, les jeunes n’écoutent donc que du rap et se bourrent la gueule. Et une fête de l’initiative jeune, Jeanette, vous y avez pensé ?

Heureusement que le tissu associatif jeune est là pour nous faire remonter dans l’estime des Français. Dommage qu’il soit moins médiatisé que mon-waka.fr, cette aberration soutenue par Skyrock, où on te tutoie pour que tu lâches des com’s.

PAS RÉSIGNÉS POUR AUTANT

Voilà le contexte dans lequel nous évoluons. Des a priori des « adultes », aux emplois du temps surchargés, tout ça dans l’angoisse d’un avenir incertain. Alors non, on ne croit plus que glisser un bulletin dans une urne nous permettra de changer la France. Ou plutôt, quelques uns d’entre nous y croient encore, ils s’engagent dans des partis politiques, et font tout pour amener nos congénères aux urnes.

Les autres pensent qu’on peut changer la société autrement, par l’engagement associatif, le militantisme, par le montage de projets culturels, artistiques… Ou par la création d’un journal. L’échelle n’est pas la même qu’une élection nationale… Elle est bien plus importante ! Car cet engagement n’est pas un one-shot, il se construit sur la durée et a un impact direct. Un impact sur nos vies personnelles par l’épanouissement qu’apporte le portage d’un projet et la confiance qui peut être accordée dans le milieu associatif, à la différence (souvent) du monde professionnel. Mais aussi et surtout un impact sur la vie des autres. Parce que notre gros défaut, c’est peut-être notre sensibilité. J’ai toujours eu beaucoup de mal à vivre l’injustice, l’inégalité, l’intolérance, la peur de l’autre.

Agir pour les autres, ce n’est pas choisir un Président de la République. Agir pour les autres, pour améliorer le vivre ensemble, c’est permettre à des jeunes de s’exprimer librement, c’est s’interroger sur l’avenir de la planète, c’est s’inquiéter des conditions de vie des prisonniers, des handicapés, c’est aider les étudiants étrangers en France, c’est amener la culture là où elle n’est pas… Et tant d’autres actions qui peuvent paraitre naïves… mais qui ne sont pas désuètes pour autant.

Réinvestir le terrain de l’éducation citoyenne

Mais nous, les jeunes engagés, sommes une masse à part. Nous ne venons pas forcément de milieux plus sensibilisés ou aisés, pour preuve, élève moyenne, je suis boursière du Crous et n’avais aucun réseau professionnel avant de m’engager dans Jets d’encre.

Beaucoup de jeunes n’arrivent pas à saisir qu’être citoyen ne veut pas seulement dire aller voter tous les 5 ans. Et ce sont ceux-là qu’il faut sensibiliser, pour leur montrer qu’une autre alternative que le vote « anti-système » est possible. À l’origine, le rôle de l’Education nationale était de former des citoyens conscients et éclairés. À l’heure actuelle, elle forme des futurs travailleurs.

L’école doit toujours garder ce rôle de formatrice de citoyens, mais elle doit le faire autrement que par le biais de cours d’ECJS bâclés ou remplacés par des cours d’histoire (« parce-qu’on-a-du-retard-dans-le-programme »). Il faut dédramatiser le mot « Politique » pour réconcilier les jeunes avec les actions citoyennes…

… Mais les multiples pistes à exploiter feront l’objet d’un autre billet sur ce blog !

Quelques initiatives originales qui changent la société :
> Bastille prend des couleurs, contre le racisme et l’intolérance
> O-VERT-DOSE, pour une autre sensibilisation à l’écologie
> « Arrêtons la chasse aux étudiants étrangers ! », une tribune sur le blog « 2012 est à vous ! »
> Action en détention, quelques initiatives du GENEPI
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