J’ai mené avant l’été deux entretiens pour le compte de la Ligue de l’enseignement et sa revue « Les entretiens de l’info ».

Sophie Jehel, l’approche protectionniste

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Un premier rendez-vous très enrichissant avec Sophie Jehel, m’a permis de revenir sur son étude menée auprès de 1000 préadolescents et parents dans « Parents ou médias, qui éduque les préadolescents ? ».
Elle y milite pour une régulation publique plus accrue et pour une nouvelle éducation des parents aux médias, dans une optique protectionniste :

La régulation est à l’image de la société : elle est faible quand la société est prise au dépourvu. J’ai récemment participé à une conférence où les parents m’ont dit que « Koh-Lanta » prenait la relève des films d’aventure. Or, dans cette émission, l’aventure est orientée tout entière sur une cagnotte à gagner. Je constate que même des parents assez cultivés se retrouvent désarmés devant les codes et les valeurs de tels programmes, qui occupent un temps d’antenne important. C’est dans ce type de torsion des valeurs que la téléréalité me paraît emblématique de la production de risque social.

[…]

Sans l’accompagnement des parents et des enfants par des politiques de régulation, de telles mesures creusent les inégalités cognitives. Cette nécessité de régulation publique est la condition indispensable à une éducation parentale aux médias efficace.

Divina Frau-Meigs, l’approche participative

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Divina Frau-Meigs fait partie de ces chercheurs français qui ont construit ma vision de l’éducation aux médias.
Dans son ouvrage « Socialisation des jeunes et éducation aux médias » destiné aux éducateurs, elle évoque les éléments déclencheurs des paniques médiatiques, tels que la violence, la pornographie ou la publicité. Mais elle y pointe deux enjeux peu répandus :

Nous avons identifié un problème avec notre jeunesse, mais nous allons chercher des solutions chez les plus âgés. C’est donc aussi un problème de classe d’âge, qui ne prend pas en compte les effets de cohorte et risque donc de reproduire les erreurs du passé, notamment de passer à côté des attentes des jeunes. Il y a des choses que nous n’expérimentons plus de la même manière, il y a des attentes différentes… Quand on écoute les jeunes dans les colloques, ils le disent : « Participer c’est bien, on nous laisse parler mais qui nous écoute ? » L’étape finale du processus de participation, c’est l’écoute et la mise en œuvre. Ça implique un savoir-faire et un effort réel de partage avec les jeunes, mais c’est très payant une fois que c’est fait.

[…]

La transdisciplinarité permet de traiter une question de manière complexe sans la polariser ni la simplifier. Mais on se heurte au fait que les institutions aiment bien tout faire entrer dans des cadres. L’éducation aux médias relève tout autant de la sociologie, de l’anthropologie, de la science politique que de l’apprentissage de la langue maternelle. La transdisciplinarité est encore assez mal comprise. C’est pour cela que je pense qu’il nous faut avoir une transdiscipline qui s’appelle « éducation aux médias », pour faire entrer la transversalité dans des cadres reconnaissables par la société.

Le blog de Divina Frau-Meigs : http://www.divina-frau-meigs.fr
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