Les enfants et les jeunes sont-ils vraiment les plus à éduquer sur le grand méchant Facebook ?

Cette situation vous est forcément arrivée : vous postez un statut quelconque, et voilà qu’un.e ami.e Facebook de votre liste « ieuv » ajoute LE commentaire qui vous hantera toute votre vie.

fake post

Stupeur (et tremblements), vous êtes à deux doigts de cacher le commentaire de la honte… Mais le mal est déjà fait.

cannot be unseen

Si vous le supprimez, vous risquez de vexer la personne. Si vous le laissez vivre sa vie de commentaire de la honte, c’est toute votre street credibility qui volera en éclats sous peu. 

Les amis de plus 45 ans, mieux vaut les avoir IRL qu’en 2.0 ?

social baker users france

Analysons ensemble les particularités des commentaires de nos amis de plus de 45 ans. Sur Facebook en France, ils représentent 21% des utilisateurs (contre 31% aux Etats-Unis). Pas grand chose, me direz-vous, comparé à l’omniprésence des jeunes de 16 à 34 ans, qui représentent à eux seuls 56% de la population du Facebook français

Mais mazette, quelle influence ils ont sur nos usages ! Car bien qu’ils aient fait partie de ces adultes qui nous ont permis dès la fin des années 90 de goûter aux joies de l’internet en nous abonnant au forfait 56k 50h d’AOL, ils n’ont appréhendé le côté social du réseau que très récemment. Simplement poussés par la « pression » sociale, les discussions avec les collègues devant la machine à café ou intrigués par leurs enfants qui passaient tant de temps devant les écrans, ils ont franchi le pas et se sont inscrits sur Facebook. En 2009 déjà, le journaliste Vincent Glad s’alarmait de la présence de ces ovnis sur le réseau.

Je connais personnellement les usages de 3 femmes de plus de 45 ans sur le réseau, une maman de deux adolescents, la mère d’une amie et une autre maman d’ado. Donc loin de moi l’idée de généraliser. Je connais aussi de nombreux utilisateurs de plus de 45 ans qui ont opté pour le silence total et ne postent jamais ! J’ai néanmoins dégagé quelques tendances dans les pratiques de ces parents 2.0.

Top 5 des posts de nos parents sur Facebook

les jeux en ligne. Type Candy Crush Saga, Farmville, Pet Rescue Saga, dont les ados raffolent également. ET BORDEL NON je veux pas répondre à ton invitation !

les quizz et questionnaires de personnalité (sur lesquels nous avons passé de nombreuses heures lors de nos débuts sur Facebook en 2008, avouons-le) (Like si tu étais dans la Maison Griffondor dans le quizz Harry Potter).

roseles photos mignonnes. Chats, chiens, bébés, fleurs, tout y passe, c’est le marché du cute. Accompagnées de courts commentaires qui terminent souvent par « … ».

les citations zen sur photos de fleurs ou de paysages (fonctionne aussi avec l’horoscope). Parfois agrémentées d’analyses philosophiques. « Tellement vrai !!!!! »

les blagues potaches sur la politique. De préférence avec une baseline commençant par « Le changement, c’est… » et mentionnant un yaourt d’une marque populaire.

Bref, la timeline de ces adultes ressemble souvent aux chaînes Powerpoint que vous adressaient vos parents, oncles, tantes, amis de la famille il y a encore peu. Mais Powerpoint est mort, vive Facebook !

Maman, tu m’tapes l’affiche !

C’en serait drôle (bon, ok, ça l’est), si par leurs publications, ces « amies » ne se mettaient pas dans des situations délicates. Dans mon cas, les trois profils des mamans sont ouverts au vu et au su de tous, bien qu’elles aient opté pour des pseudonymes. Tous leurs statuts, photos, pensées sont définis en mode public.

Pire, je suis même intervenue auprès d’une ado de mon entourage dont la mère avait posté et tagué publiquement 4 photos d’elle en train de jouer à la femme de ménage, avec un tiré de langue digne des meilleurs moments de Miley Cyrus. Gênant.

tirageParfait pour ton entretien d’embauche dans 8 ans.

Récemment, une mère américaine a puni son ado – qui avait cyber-harcelé une de ses camarades – en lui faisant poster sur Facebook une photo d’elle avec une pancarte de la honte. Oui, comme on a l’habitude de le faire avec les chiens et chats pour le lulz. Mais avec sa fille. GENIUS.

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Alors pourquoi de telles mésaventures arrivent-elles encore aujourd’hui, si on éduque de mieux en mieux à l’internet ? (Vous me voyez venir là ? Ah, vous commencez à me connaitre.)

Parce qu’on éduque les parents, les enfants… Mais pas les adultes. C’est bien beau de vouloir aider les parents à accompagner leurs progénitures. Mais quand il s’agit de leurs propres usages, y’a plus personne. Ils sont pourtant comme nous : ils désirent nous comprendre, échanger, rester en contact avec leurs amis, retrouver leur communauté. Mais ils n’ont pas les codes.

Quand l’élève dépasse le maître

Heureusement, cette situation n’est pas irrémédiable. Deux solutions s’offrent à nous. La première : nous prenons les manettes. Ils nous ont appris à lire, on va les aider à naviguer. Alors oui, ça part du postulat que :
1. les adultes peuvent encore apprendre des choses (et ouais les mecs, il n’y a pas d’âge pour ça, ça relève de l’éducation populaire !)
2. les enfants peuvent mieux maitriser des domaines que leurs parents (et là, que la Manif Pour Tous et les bien-pensants prenant les enfants pour des éponges malléables et débiles me pardonnent, mais vous ne me l’enlèverez pas de la tête).

Pour accompagner nos parents, rien de plus simple. Il suffit de leur expliquer point par point les fonctionnalités de Facebook et les aider à paramétrer leurs options de vie privée, leur expliquer la différence entre l’icône monde et friends etc. Et pour s’aider, on peut faire un tour sur les deux bons sites Parents3.0 et Seniors3.0 !
Pour les publications honteuses, pas grand chose à faire malheureusement, le Comic Sans a de beaux jours devant lui.

La deuxième solution réside dans la volonté des acteurs de terrain à mettre en place des formations destinées à ce public spécifique. Les associations ont commencé à se saisir de cette problématique (voir les ateliers de l’association étudiante Strasweb) mais elle est considérée comme marginale et les institutions ont encore un long chemin à parcourir pour en faire une priorité. Il faudrait protéger avant tout NOS ENFANTS des DANGERS DE L’INTERNET. Cela resterait la priorité, à en croire certains. Vraiment ?

fry and laurie

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