C’est le billet de blog que je n’ai pas envie d’écrire, celui que j’ai repoussé jusqu’à ma dernière matinée à l’aéroport, parce que je savais qu’il marquerait la fin d’une saison particulièrement salvatrice de ma vie.

Hier, j’ai passé ma dernière journée à Tokyo.

Mon planning était bien moins dense que le reste de mon séjour et j’ai décidé de me laisser porter par mes dernières envies, celle de revenir au Yoyogi park, celle de goûter enfin des okonomiyaki – une sorte d’omelette composée–, celle de passer mes derniers instants sur le sol japonais en bonne compagnie.

Alors que je m’orientais vers le parc dans l’espoir d’assister à un spectacle en plein air de traditional lute au temple Meiji-Jingu, j’ai eu des nouvelles de Julie – la stagiaire en cab d’architecture – et je lui ai proposé de m’y rejoindre.

En l’attendant, je me suis un peu perdue dans les ruelles d’Harajuku mais la foule qui profitait d’un jour férié m’a vite dissuadée de m’enfoncer plus profondément dans les artères coagulantes de la ville.

La pratique du luth est plutôt surprenante pour l’oreille occidentale peu habituée et il nous aura suffi de quelques minutes pour être lassées du spectacle des costumes cérémonieux. Alors que nous réfléchissions à notre programme de la journée, Julie a évoqué une île artificielle au sud de Tokyo.

Dans le métro, j’avais vu des publicités qui montraient des images assez folles de la ville entourée d’eau au milieu de gratte-ciels et ça a fait tilt : ces vidéos étaient tournées à Odaiba, et nous en étions à 40 minutes.

Le Routard conseillait de prendre la ligne Yamamote, un monorail sans pilote qui semblait survoler la mer. « C’est la première fois que je vois l’Océan Pacifique de ce côté-là » a dit Julie. Moi aussi.

Nous avons débarqué entre plusieurs centres commerciaux démesurés dont ce pays a le secret et en suivant les foules, nous sommes tombées au milieu d’une Oktoberfest, animée par des stands de saucisses et choucroutes, des cabanons à bières et des masses de Japonais enivrés.

Notre balade nous a progressivement menées à Palette Town, un complexe kitsch surmonté d’une grande roue et dont l’intérieur était designé à l’italienne.

Dans l’immense centre d’exposition Toyota se trouvait l’History Garage présentant quelques voitures de collection particulièrement photogéniques.

Plus nous avancions, plus je me disais que cet endroit introduit par le Routard comme une ville du XXIIème siècle était un kamoulox sans fin.

Au coucher du soleil, nous sommes redescendues vers une plage pour admirer le Rainbow Bridge, aux faux airs de pont de Brooklyn.

Dernière soirée japonaise sur l'île artificielle de Tokyo avec @juletremolieres.

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Je crois que je n’aurais pas pu rêver d’une meilleure dernière journée.

La tristesse des au revoir avec Julie après un dernier repas d’okonomiyaki m’a prise par surprise. Mais je chéris ce pincement de cœur qui témoigne de l’attachement que je me suis permis d’avoir avec les gens que j’ai rencontré ici.

Les sensations de ce dernier soir tokyoïte se passent de mots. Pour la première fois de ma vie, je n’ai pas eu envie de rentrer. Il y avait dans cette parenthèse japonaise une douceur de vivre et une légèreté dont j’ai manqué pendant plusieurs mois et les retrouver ici m’a fait un bien fou.

Alors que j’attends mon vol dans la salle d’embarquement, je fais le souhait, ou plutôt, je me fais la promesse de ne pas fermer la parenthèse de ce voyage.

J’ai envie qu’il soit un vol aller sans retour vers l’accomplissement de mes aspirations les plus profondes, les plus sensibles, les plus belles.

C’est sans doute le souvenir duty-free  le plus durable que je puisse m’offrir. Merci de m’y avoir suivie pendant ces 10 jours et à celles et ceux qui auront la chance de s’y retrouver, je vous souhaite un bon voyage.

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