FOMO.

Fear of missing out. Dans le langage commun, la FOMO, c’est la peur de manquer une info que tout le monde semble avoir eu avant toi, c’est cette sensation bizarre d’être isolée parce que tu sembles pas avoir eu le mémo comme les autres. Selon certains observateurs, ce mal toucherait de plein fouet notre génération de digital natives, incapable de délaisser sa connexion internet ne serait-ce que le temps d’un week-end.

Selon moi, la FOMO s’applique bien plus largement dans notre vie quotidienne.

La FOMO, c’est la peur de ne pas être au bon endroit au bon moment. Au fond, je crois qu’on est tous et toutes à la recherche d’expériences inédites qui nous feront dire sur notre lit de mort « cette existence valait la peine d’être vécue ».

En voyage, je ressens cette urgence à vivre des expériences folles un peu plus fortement que dans mon quotidien à Paris. Qui sait ce qui arrivera demain, ce séjour au Japon est peut-être le premier et le dernier de ma vie ?

Alors je veux tout voir tout goûter tout faire tout ressentir. Tout vivre.
Cette envie s’accompagne d’une pression aux antipodes de ma volonté de savourer chaque instant, elle vient la tapoter du bout du doigt en lui répétant inlassablement « hé hé traîne pas trop tu as encore plein de choses à voir ».

Je suis en tension entre l’envie de voir les choses que tout le monde recommande et la volonté de sortir des sentiers battus pour expérimenter l’original, ce qui rendra mon voyage unique.

Ce matin je me suis réveillée à 11h30, c’était mon premier jour sans alarme. Quand j’ai ouvert les yeux pour la première fois dans cette chambre d’hôtel à Tokyo, j’ai eu un petit vertige de découragement et d’étrangeté.

J’avais prévu ce matin de faire mon itinéraire tokyoïte pour les 6 jours à venir et un coup d’œil sur ma carte d’activités m’a quasiment fait paniquer. Tokyo est immense, diverse, hétéroclite, je n’arriverais jamais à faire tout ça, je vais devoir faire des choix.

J’ai tiré les rideaux de ma chambre pour me forcer à sortir du lit et le ciel bleu azur et le brouhaha étouffé des foules en bas de l’hôtel m’ont rassérénée. Me voilà en route pour un des points d’observation les plus beaux de la ville, mais ça, je vous en parlerai demain.

Hier, j’ai quitté Kyoto avec regret et excitation. Regret d’être sans doute passée à côté de plein de trésors (foutue FOMO) et excitation de vivre Tokyo à 100 à l’heure, une autre vision de la culture japonaise, avec la promesse de multiples rencontres.

Avant d’embarquer dans le Shinkansen, je voulais passer à Nishiki market et au sanctuaire d’Inari. Après une douche chaude (Yay !) et quelques politesses d’usage avec le tenancier du ryokan, j’ai traîné mon sac de rando dans une galerie commerçante pleine de produits frais.

Nishiki market est planqué dans des galeries que la voyageuse peu renseignée pourrait aisément manquer. On y trouve toutes sortes de produits frais, de street food et de souvenirs kyotoites (on dit kyotoites ?). L’ambiance y est si calme qu’on aurait du mal à croire qu’il s’agit d’un marché.

Plutôt satisfaite de cette découverte, j’ai poussé jusqu’à mon deuxième objectif de la journée : le sanctuaire Inari et ses fameuses portes rouges en enfilade.

Je m’attendais à trouver à Inari des hordes de touristes excités mais je n’étais pas prête à le comparer au Disneyland de Kyoto, avec ses files indiennes, ses stands de street food et de souvenirs et ses toilettes à tous les coins.

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Pendant les 200 premiers mètres à travers les portes, je me suis demandée si j’étais condamnée à subir les arrêts impromptus selfie jusqu’au bout. En pleine conscience, j’ai essayé de devenir observatrice de la situation pour faire passer l’agacement qui commençait à me gagner.

Au bout d’une dizaine de minutes, la foule est arrivée à une sorte de plateau où attendaient des stands de charmes et de prières. Alors que je m’écartais du groupe pour aller voir de plus près la forêt de bambou, j’ai aperçu un chemin en contrebas, totalement désert.

En contournant les stands, j’ai trouvé un escalier pour y accéder et je suis tombée sur un tout petit autel, caché derrière une dizaine de portes. Pendant quelques minutes, j’ai profité de ma chance de sortir de la foule et je me suis dit que si je n’avais pas été seule, je n’aurais sans doute pas remarqué ce chemin.

Aujourd’hui, je me suis rendu compte que j’avais embarqué par mégarde dans ma valise mon perfectionnisme.

Depuis mon arrivée, je veux que mon voyage soit parfait, que tout soit prévu, que je ne m’ennuie pas. Mais il n’existe pas de voyage parfait. Il existe des voyages avec des galères, des imprévus, des rencontres, des surprises, des opportunités. Comme dans la vie, rien n’est écrit.

Alors le voyage parfait, c’est celui qu’on accepte tel qu’il est. Avec ses hauts et ses bas, ses jours de soleil et de pluie. Dans Paris, j’ai croisé plusieurs fois un graff qui disait « l’imprévu c’est la vie ».

Je retiendrai de Kyoto la beauté de ses ruelles câblées, son calme, sa vie plus lente, ses grandes artères, ses temples, son ryokan.

Arrivée à Tokyo, j’ai rejoint mon dernier lieu de repos, un hôtel situé dans le quartier d’Asakusa (on m’a dit qu’il fallait le prononcer Assakssa), réputé pour ses multiples temples et rites traditionnels.

À peine arrivée, j’ai pesté contre son réseau de transports. À l’usage, il n’est pas vraiment compliqué, mais pour la Française que je suis, habituée à la RATP et à la SNCF, il est illogique. Plusieurs entreprises gèrent les métros et la moindre correspondance entre 2 compagnies vaudra de payer un tarif double. J’essaie donc de rester sur le métro de Tokyo, sans emprunter les trains express mais ça a tendance à doubler mes temps de marche.

Je me rassure en me disant qu’avec mes baskets 1er prix de chez Decat, je n’ai peut être pas la classe internationale mais j’ai le confort de tenir les 10 à 15 km que je parcours tous les jours.

Hier soir, Neige et Olivier m’ont invité à une wine party que leur hôte airbnb tenait sur son rooftop. Si ça ressemblait au départ à un drôle de Kamoulox, je n’ai pas hésité à accepter cette proposition prometteuse.

Je les ai donc rejoint avec des fraises, bananes et Doritos en cadeau, entraînée par l’excitation de manger un succulent curry.

J’y ai rencontré le gérant d’un café du quartier qui avait commencé à tâter l’arabica à Melbourne avant d’ouvrir seul son commerce franchisé.

J’y ai rencontré un Japonais d’une cinquantaine d’années qui m’a demandé si j’aimais la japanese subculture et m’a montré l’ending d’un anime reprenant du France Gall.

J’y ai rencontré l’hôte de la soirée, dont la fille a fait des études en France et est aujourd’hui doubleuse voix dans des anime.

Avant de finir la soirée, Neige et Olivier m’ont emmenée en vélo contempler la Skytree dans un parc avoisinant. Prise par la fatigue, je les ai abandonné à leur concert privé sur les toits.

Tokyo la nuit a le goût de New York et Paris, des villes vertigineuses qui narguent les couche-tards avec leurs gratte-ciel prêts à crever le ciel.

Je suis bien à Tokyo. J’y partage des moments uniques avec des personnalités que je n’aurais sans doute jamais eu l’occasion de rencontrer. J’y suis bien.

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