From Japan #9 : Jazzy

It’s a pretty good crowd for a Saturday
And the manager gives me a smile
‘Cause he knows that it’s me they’ve been comin’ to see
To forget about life for a while

En préparant mon voyage, j’ai compilé une playlist qui, je l’espérais, m’accompagnerait pendant mes moments de solitude, mes voyages en train, mes coups de blues, mes trajets d’ennui, mes sessions d’écriture.

Elle est pleine d’oldies but goodies et de pépites inspirées du Japon, j’avais envie qu’elle reflète mon état d’esprit, qu’elle m’éveille, qu’elle m’apaise, qu’elle me booste. Elle est brouillon, un peu comme ma vie en ce moment et j’ai senti en la composant que chacun des titres que j’y glisserais serait désormais rattaché à une émotion forte, un souvenir, une photographie.

C’est ma mère qui m’a fait tomber dans la marmite de Billy Joel quand j’étais petite. Dans Piano Man, les paroles que je cite plus haut, il décrit ses soirées new-yorkaises dans les caveaux peu glorieux, véritables repaires de gens de la vraie vie aux histoires tristement banales.

Les paroles de Piano Man m’ont poursuivie depuis le moment où j’ai décidé que je me rendrai dans un jazz bar. J’ai découvert assez tardivement que certains Japonais étaient de fervents admirateurs de musique de jazz et l’idée de passer une de mes dernières soirées dans un caveau m’enthousiasmait.

J’avais hâte de laisser aller mes pensées au son d’un free jazz brut et entêtant, je savais que bien que n’étant pas une spécialiste du jazz, j’apprécierai ce moment.

Quand on parle de jazz aujourd’hui, on a tendance à mentionner Duke Ellington, Charlie Parker, John Coltrane ou Keith Jarrett.

Assez loin de ces classiques, je suis plus touchée par les œuvres de Norah Jones, Stevie Wonder, Melody Gardot, Al Jarreau, Nina Simone, Amy Winehouse ou Frank Sinatra, ce qui ne m’empêche pas d’être totalement hypnotisée par l’atmosphère des caveaux de jazz élitistes.

https://www.instagram.com/p/BiR8TdLHBby

Les avis Google du Jazz Spot Intro étaient dithyrambiques. Noté 4,9/5, le lieu promettait une session de free jam dès 18h30. Comme le site était intégralement en japonais, impossible de savoir s’il y avait un droit d’entrée ou le prix des consos sur place, j’ai juste compris que je devais m’y rendre tôt car l’endroit était étroit.

Et en effet, arrivée dans les premiers, j’aurais eu du mal à trouver une place 1h plus tard. Le Jazz Spot Intro est planqué au sous-sol d’un immeuble commercial près de Shinjuku et là-bas, le gérant joue aussi certains soirs. Avec son manager, ils forment un duo de batteur et de saxophoniste de haut niveau qui fédère autour de lui de jeunes musiciens tokyoïtes passionnés de jazz.

Ma conso m’a coûté 1 000 yen, en comptant un droit d’entrée dont j’ignore le montant. Alors que j’allais commander de nouveau, je me suis fait offrir un verre par une Japonaise qui descendait tranquillement une bouteille de rouge avec une dizaine de glaçons. Elle m’a raconté qu’elle était traductrice pour la chaine TBS et qu’elle était une habituée du lieu.

Quand je rencontre des Japonais, une de leurs premières questions est toujours : comment tu as connu le Japon ? C’est assez drôle de leur expliquer que j’y suis rentrée par le biais de mangas à l’eau de rose et de Pokemon.

Je peux maintenant étoffer en parlant de la spiritualité bouddhiste qui a fini par m’y conduire mais je dois avouer que Sakura Card Captor est une porte d’entrée qui doit paraitre bien futile à un peuple dont l’Histoire est si riche.

Aujourd’hui d’ailleurs, j’ai approfondi ma culture gé en errant dans le Tokyo National Museum, au fond du parc Ueno. Jusqu’au dernier moment, j’ai hésité à m’y rendre mais dès les premières salles, tout doute s’est évaporé.

Le musée compte plusieurs bâtiments dont un sur les cultures asiatiques et un sur l’Histoire japonaise. À la différence de bon nombre de musées que j’avais visité jusque là, la majorité des objets étaient accompagnés d’une mise en contexte qui était particulièrement éclairante sur leur place dans la culture japonaise.

La visite était donc passionnante et j’y ai passé 3 heures à détailler des kimonos, une momie, des outils, des armures de shogun, des peintures, du mobilier, des statues ou des masques.

C’était proprement fou.

Pour moins de 5€, j’ai trouvé des pistes d’explication à mes interrogations sur les liens entre la philosophie bouddhiste et l’Histoire japonaise et j’ai maintenant hâte d’approfondir tout ça avec quelques lectures.

En dévorant un bibimbap à la sortie du jazz bar, je me suis demandé si j’avais tiré des enseignements de ma journée pour vous les raconter ici. Je crois qu’aujourd’hui, la leçon n’est pas évidente et qu’elle est en train de murir.

Il m’est bien venu quelques idées mais le train de mes pensées a été interrompu par la question d’un homme sur le quai du métro qui me ramenait vers mon hôtel.

« Vous êtes française ? »

Ce soir, j’avais mis du rouge à lèvres rouge et j’ai senti que les regards qui se posaient sur moi étaient différents. J’ai eu l’impression que plusieurs fois, ça a été ressenti comme une invitation à venir me parler et le mec du quai du métro semble l’avoir interprété ainsi puisqu’il s’est installé à côté de moi dans le wagon.

Comme souvent quand je suis abordée dans un espace public sans être sollicitée, j’ai donné des réponses évasives et j’ai détourné le regard, mais rien n’y a fait.

Ce soir, j’ai donc rencontré Sam, un Azerbaïdjan qui vit à Tokyo depuis 15 ans, a appris le français à l’université et travaille dans une entreprise d’informatique. Il avait un air chelou de Tommy Wiseau et j’ai compté les stations avant de réussir à m’en échapper.

Ah la voilà ma leçon du jour : si tu mets du rouge à lèvres rouge, attends-toi à être abordée. M’en fous, j’en remettrai.

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2 Commentaires

  1. Fidèle lecteur depuis les debut de ton blog où tu parlais d’éducation au media (ça nous rajeunit pas^^) je suis ton aventure avec beaucoup d’intérêt. Ca change mais c’est passionnant, bravo à toi.

    • Marie Camier-Théron

      3 mai 2018 at 2 h 36 min

      Oh merciiii c’est vrai que c’est différent mais finalement ce blog évolue avec moi haha !

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