J’ai toujours associé les voyages au partage. Si j’écris tant depuis que j’ai atterri, ce n’est pas parce qu’une lubie m’a soudainement prise, c’est parce que je n’ai jamais vécu mes découvertes autrement qu’avec les autres.

La journée d’hier est passée en un battement de cils. Il faisait beau à Tokyo, alors je me suis dirigée vers le siège du gouvernement japonais pour observer la vue depuis le 45ème étage. À 200m de haut, on prend le pouls d’une ville différemment. Ça grouille, c’est minuscule, c’est à couper le souffle.

Je n’ai pas vu le mont Fuji, caché derrière un nuage de pollution (« DE BRUME » répétaient les Français à côté de moi) mais j’ai passé quelques minutes à détailler les immeubles, les rues, les parcs, à tenter de retrouver les quartiers que j’avais traversé.

Après un Bigmac très peu coupable (je n’en peux plus du riz), j’ai marché jusqu’au parc Yoyogi où se niche le temple Meiji-jingu au milieu d’une forêt dense.

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Avant de passer la porte du temple que l’on appelle ici tori, je me suis lavée les mains. D’abord la gauche, puis la droite, puis la bouche avec la gauche et de nouveau la main gauche.

Puis il faut observer deux autres coutumes : s’incliner en signe de respect pour les divinités et enjamber la barre de seuil en bois qui délimite l’entrée du temple.

Je ne me tiens pas à toutes les coutumes car j’aurais bien du mal à dire ce qu’elles représentent et pour moi, faire les choses sans conviction, sans en connaître le sens revient à moins respecter les traditions. C’est un peu comme le mariage à l’Eglise, si j’y étais contrainte sans y croire, je trouverais que jouer la comédie de la foi serait un manque de respect vis-à-vis des vrais croyants.

Je n’ai pas vu le temps passer dans le parc tant le temps y était doux. Alors que j’attendais un rendez-vous à Shibuya, Julie, une lectrice de madmoiZelle qui m’avait repérée sur Insta, m’a contactée pour savoir si je voulais la rejoindre pour aller faire des explorations architecturales une heure plus tard.

Julie fait un stage dans un petit cabinet d’architecture japonais qui ne lui plaît pas vraiment. Elle bosse 60h par semaine pour une bouchée de pain et aspire à aller découvrir Tokyo, le Japon et à rencontrer du monde, ce qu’elle n’a pas pu faire depuis 1 mois et demi.

Quand nous nous sommes retrouvées, Linius, un expat français d’origine martiniquaise était aussi là et nous sommes allés contempler le Yoyogi Gymnasium et profiter d’une glace.

Sur ce banc au cœur de Tokyo, nous avons parlé de madmoiZelle, de nos boulots, d’égalité femmes hommes, de sensibilité masculine, de la vie au Japon, d’architecture, de YouTube et de nos envies d’ailleurs.


J’ai été touchée de partager un moment si fort avec des personnes inconnues quelques heures auparavant.

Ce soir-là, j’avais rendez-vous devant la statue du chien de Shibuya avec Sabrina, une autre madmoiZelle qui m’avait invitée à la soirée de départ d’une de ses amies.
J’ai pris rapidement la température de Shibuya, de ses écrans géants, de sa fourmilière, de sa lumière comme en plein jour, et je me suis dit que j’y reviendrai pour errer seule, comme j’ai pris goût à le faire.

Nous nous sommes engouffrées dans un izakaya (un bistrot japonais) où j’ai bu mes premiers verres d’umeshu, un alcool de prune léger et sucré ainsi que d’excellentes brochettes. J’ai grimacé en goûtant des brochettes à la peau de poulet et je suis morte de plaisir devant les brochettes à la pâte de riz grillées et saucées à la mayonnaise.

Sabrina vit depuis un an et demi au Japon et aimerait lancer sa boîte de nourrices spécialisées dans l’accueil des enfants d’expat. Elle lit madmoiZelle depuis plusieurs années et m’a invitée à la rejoindre lundi pour faire les friperies tokyoïtes.

À l’izakaya, on a parlé du rapport qu’elle et ses amies avaient aux hommes japonais et elles m’ont confirmé qu’il était compliqué pour les femmes de mener une carrière professionnelle à partir du moment où elles décidaient d’enfanter. Nombre d’entre elles choisissent alors de se consacrer à leur vie de famille et deviennent mères au foyer.

Ici les frotteurs du métro ne sont pas une légende mais sont d’après elles simples à remettre en place. Sabrina racontait qu’elle a vécu cette expérience à plusieurs reprises et qu’une fois, elle a écarté une Japonaise qui n’osait pas faire d’esclandre face à un frotteur.

Quand j’ai dit à Sabrina « tu es courageuse de t’être interposée », elle m’a répondu qu’ici, c’était plus facile qu’en France, parce que les hommes étaient (tristement) pathétiques. Être pris en flagrant délit de frotti-frotta est particulièrement honteux mais malheureusement des hommes continuent à s’en donner à cœur joie dans le métro.

On m’avait dit « tu verras, on rencontre plein de gens quand on voyage seule ». En réalité, je n’ai été abordée qu’une fois par une inconnue. À mon arrivée à l’aéroport, j’ai voulu récupérer mon JR pass, le Saint Graal de la voyageuse en train qui permet de monter à peu près dans n’importe quel Shinkansen sans rien payer de plus que l’achat du pass (environ 200€ pour une semaine).

Une file d’attente d’une heure et demi m’attendait et Stephanie m’a abordée simplement en me demandant d’où je venais. Stephanie rendait visite à son frère qui travaille sur une base militaire à Yokohama.

Elle était originaire de Guam, une petite île à côté des Philippines. Elle était bien plus fraiche que moi et j’ai un peu lutté pour entretenir la conversation mais c’était un chouette moment qui nous a conduites jusqu’à Ueno, 2h30 plus tard.

Je finis cette journée aujourd’hui avec une bonne migraine de fatigue qui m’a fait repousser le moment d’écrire. Mais avant de déconnecter, je voulais vous remercier pour l’accueil que vous avez fait à mes écrits et à mes blagues sur instagram.

Je ne m’attendais pas à avoir des retours mais je dois dire que depuis que je suis arrivée ici, je suis ravie de vous emmener dans mon sac à dos.

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