Je n’aurais jamais mangé autant de viande et de poisson que pendant mon voyage au Japon.

Avec ses sushi, sashimi, yakitori et ramen, ce pays est un casse-tête pour mes amis végétariens. Je me rends compte ici que depuis quelques mois, j’avais considérablement réduit ma consommation de produits animaux.

J’accompagne donc mes repas de la culpabilité de participer à un système qui ne convient pas réellement à mes valeurs et c’est aussi pour ça qu’entre le Japon et moi, ça ne sera jamais le grand amour inconditionnel.

Pourtant… Hier matin, je suis allée au marché de poisson de Tsukiji avec Julie et Linius.

C’était dense, agité, on y piétinait, on y étouffait et entre deux bouffées d’air frais on apercevait des têtes de requins, des langoustes, des tranches de thon rouge coupées en parfaits rectangles. En s’enfonçant dans les ruelles bondées, nos sens étaient stimulés par la variétés d’étals de bouffe en tout genre : des brochettes de crabe, des poulpes piqués sur des brochettes, des omelettes sucrées, des sushi, des maki à l’oursin.

Nous étions venus goûter le poisson frais et nous nous sommes arrêtés dans un restaurant de chirashi, un plat composé de riz et de poissons crus.

Je dois avouer avec une once de culpabilité que j’y ai choisi un chirashi au thon qui n’aurait pas été d’une aussi bonne qualité en France. Le thon rouge est aujourd’hui une espèce menacée d’extinction parce que les Japonais en sont justement de gros consommateurs.

On fait parfois à l’étranger des choses que l’on ne se permet pas chez nous et cet écart en faisait partie.

Alors que nous nous dirigions vers le métro bien repus, nous sommes tombés par hasard sur un des temples bouddhistes les plus importants de la région. Son architecture a fait baver Julie, déjà refaite de notre rencontre le matin même avec un hôtel capsule pris pour exemple dans de nombreux cas d’école. L’intérieur du temple sentait l’encens et une cérémonie se tenait devant l’autel.

J’ai fini par abandonner Julie et Linius au jeu de rôle qui les attendait dans un parc et j’ai pris la route du complexe commercial dans lequel je devais trouver le Mega Center Pokemon.

Quand j’étais gamine, je rêvais d’avoir mon propre Pokemon. Avec mon frère, j’ai épuisé tous les dérivés de la franchise : la série, les films et les jeux sur Gameboy et Nintendo64.

J’étais vraiment impatiente de découvrir ce temple dédié aux monstres de poche. Arrivée dans le centre commercial, je me suis complètement perdue au milieu de la masse étouffante. Aucune signalétique n’indiquait la boutique et j’ai bien tourné 15min avant de trouver son accès au 2ème étage. Je pensais avoir tout vu en allant à Carré Sénart un samedi de soldes mais c’est de la rigolade à côté des foules excitées que j’ai croisé au Sunshine City.

Devant le magasin Pokemon, des Pikachu se sont mis à défiler, suivis par une horde de sticks à selfie. La parade de Disneyland, mais à Créteil Soleil. Je pense que c’est aussi ça, Tokyo. Je me demande si on s’y habitue ?

J’ai fini la journée avec une migraine de feu et malgré le grand ciel bleu, j’ai préféré retourner vers l’hôtel. Pour le dire crument, je dois avouer que c’est un hôtel de bâtard. C’est le genre d’hôtels avec baignoire dans lesquels on te prête un pyjama et des pantoufles, au cœur d’un quartier touristique. À un mois du départ, je l’ai choisi sur une impulsion en me disant que si j’avais besoin de m’isoler, j’y trouverais du confort. J’avais raison.

Il est niché juste à côté du Senso-ji, le plus vieux temple bouddhiste de Tokyo, qui ressemble aujourd’hui plus à un parc d’attraction qu’à un lieu de culte. Là aussi, c’est le temple de la consommation avec ses charmes et ses prières vendues à prix touristique et ses stands de street-food.

Je ne m’y suis pas attardée, si ce n’est pour prendre une photo cliché des faux cerisiers implantés devant le temple.

Dans l’Ippudo de mon quartier, j’ai diné pour 6€ aux côtés de deux couples d’une cinquantaine d’années décontenancés par l’exercice de la dégustation de nouilles avec des baguettes.

J’ai appris à bien manger des ramen grâce au podcast Bouffons de Guilhem Malissen. Pour déguster ce plat typique de nouilles, il vaut mieux goûter chacun des ingrédients séparément puis tout mélanger et aspirer les nouilles sans hésiter à faire du bruit pour témoigner sa satisfaction.

Progressivement, au doux son du free jazz de ce restaurant de ramen tokyoïte, la migraine a fini par s’atténuer.

Je ne m’attendais pas à ce que le Japon soit un tel temple de la consommation. Avec ses vending machines tous les 50 mètres, ses restos bons marchés, la commercialisation de sa culture religieuse (les charmes et prières s’achètent comme des petits pains) ou l’existence même du quartier de Shibuya, tout invite à acheter, tout le temps, quel que soit son budget.

Mais acheter tout, pour compenser quoi ?

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