Mes pratiques de com

« Je ne suis PAS de la génération Y, et alors ? »

Trouvé sur Twitter au hasard d’une veille, cette tribune d’un jeune de 30 ans intitulée « Je suis de la génération Y, et alors ? » m’a interpellée. À l’heure où beaucoup (trop) se réjouissent de l’entrée dans le dictionnaire de l’expression « génération Y », je m’agace toujours autant devant cette stigmatisation de cette génération de jeunes de 15 à 30 ans. Particulièrement quand des « vieux » se positionnent en grands détenteurs de la vérité sur ces jeunes pressés, intéressés, fainéants et exigeants.

Cette expression, que les médias nous rabâchent de plus en plus, rassure des Français qui ont besoin d’étiqueter ces jeunesses si différentes. Comme toutes les représentations du monde, nous avons besoin de créer des cases qui simplifient toute la diversité contenue dans un groupe de personne, c’est limité, mais c’est humain. Pour autant, devons-nous accepter de nous faire systématiquement comparer à des jeunes tout juste sortis d’écoles de commerce et exigeant 3000€ de salaire net par mois ?

Dans sa tribune, Benoît Deschodt réinterroge l’adaptabilité du monde du travail face à des jeunes qui sont demandeurs d’épanouissement. Si je ne suis pas d’accord avec toutes ses affirmations, je partage la ligne directrice de son texte : demander à s’épanouir dans son travail, est-ce une faute ? 

Pour avoir offert de mon temps à Jets d’encre pendant 3 ans en fonction de mes intérêts et de mes envies, je crois pouvoir dire que les associations jeunes ont, elles, bien moins de difficultés que les entreprises à s’adapter à ce nouveau défi. Pour le reste, chacun son opinion sur ce que nous pouvons exiger (ou pas) du monde du travail. 

Par Benoît Deschodt 30 ans

Depuis quelques années, la génération Y fait parler d’elle. Beaucoup décrivent ces jeunes nés entre 1980 et 2000 comme «fainéants», «extravertis», «profiteurs du système»… Encore récemment, une cliente de mon agence évoquait ses relations tendues avec son équipe, composée de jeunes de moins de 30 ans : «Je ne comprends pas, moi, j’ai été engagée pour une mission. Je ne compte pas mes heures pour la mener à bien. Eux, c’est toujours les RTT par-ci, les heures de récupération par-là !» Cette génération Y n’est-elle pas faite pour le monde du travail ? Ou est-ce le monde du travail qui ne souhaite pas s’adapter aux nouveaux comportements ?

Pour ma part, j’ai une vision très particulière du monde du travail. Voilà dix ans que je suis «actif», et voilà dix ans que je travaille sans réelles passions. Je suis issu d’un cursus scolaire classique, un bac + 2, suivi d’une année de spécialisation en école de communication. La voie vers les sommets me semblait tracée. Mais la réalité est toute autre. En 2000, mes professeurs louaient le monde du travail : «Avec votre bac + 2 vous pourrez prétendre à un poste de conseiller clientèle en banque, avec un salaire confortable.» Etudiant, je ne me souciais pas du chômage, de la précarité, de la difficulté à trouver un job. J’étais confiant. Je m’imaginais réaliser une belle carrière, comme celles de mes parents, être fidèle à une entreprise, gravir les échelons, porter costume cravate et rouler en décapotable.

Comme la plupart des jeunes de ma génération, j’ai trouvé mon premier job après une période de chômage… courte heureusement. Un CDD… renouvelé une fois, puis deux. Mon envie de réussir m’a forcé à chercher ailleurs. C’est en présentant une proposition d’emploi émise par un concurrent que mon patron de l’époque m’a offert un CDI. Entre la fin de mes études et mon premier emploi non précaire, deux années se sont écoulées. Elles m’ont forgé un mental d’acier : lutter, vaincre, et surtout ne pas avoir de remords face aux patrons. J’ai appris sur le terrain à détester mon entreprise, à chercher ailleurs tout en étant en poste, à défier mon propre patron.

Je n’ai pas voulu cette situation, elle m’est arrivée à mon insu. Alors, oui j’aime profiter des 35 heures. Qu’est-ce que j’y peux si le gouvernement français a décidé de légiférer le temps de travail en ce sens ? Oui, comme beaucoup de personnes de mon âge, je suis un enfant de parents divorcés. Le travail était une cause de séparation de mes parents. Dois-je subir le même sort ? Suis-je un mauvais salarié si je ne souhaite pas préparer la réunion du lundi, chez moi, lors d’un week-end prolongé ? Oui, je pose mes cinq semaines de congés payés pour pouvoir voyager à l’autre bout de la terre. Est-ce de ma faute si des compagnies low-cost ont été créées ? Oui, je préfère finir à 18 heures pour avoir la chance de voir mon enfant avant qu’il ne s’endorme. Etre bon salarié signifie-t-il obligatoirement devenir un mauvais parent ? Oui, je consulte mon compte Facebook pendant mes heures de travail. C’est grave docteur ? Oui, je n’aime pas qu’on me dise que je ne travaille pas assez parce que je prends tous mes RTT, que je finis tous les jours à 18 heures et que je pose toutes mes vacances. Je suis dans mon droit, non ?

Voilà le contexte que les DRH devraient avoir sous les yeux au moment de procéder à un recrutement. Les modes de fonctionnement des entreprises doivent évoluer. Rester assis derrière un bureau huit heures durant ne convient plus. Le télétravail est préféré au métro-boulot-dodo. Mais aucun patron n’ose donner sa confiance aux salariés sur le travail à distance. Trop longtemps l’entreprise est restée bloquée sur un système fondé sur la croissance économique. Aujourd’hui, les entreprises vont mal. Le bien-être au travail devient aussi important que la rémunération. Pourquoi ne pourrions-nous pas recréer un espace de travail propice à l’épanouissement personnel et professionnel ? J’en ai marre d’entendre qu’il est difficile de nous gérer. Ces mentalités ne permettent pas de faire progresser la France. De nombreux créateurs d’entreprises innovantes ont moins de 30 ans. Ils ne sont ni fainéants ni profiteurs du système. Non, ils ont eu envie de travailler selon leur propre envie, goûter à la liberté, à l’esprit d’entreprendre qui n’existe plus en entreprise.

Chefs d’entreprise, grandissez ! Evoluez, ouvrez vos portes, laissez la jeunesse s’émanciper. La France a besoin de jeunes épanouis. L’avenir de notre modèle industriel et économique repose sur la génération Y. C’est le moment de nous faire confiance !

> L’article sur Liberation.fr
> LOL » entre dans le dictionnaire, sur justgeek.fr 

Vous pourriez également aimer