Education aux médias

Les images violentes, le CSA et nous

La nouvelle campagne de sensibilisation du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel n’a pas pu vous échapper. Si ? Bon, je vous la remets :

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=0qLSzR9zV6U]

Depuis quelques jours, le spot tourne en boucle sur nos télévisions. Le CSA affiche plusieurs objectifs en conseillant le contrôle parental des contenus médiatiques :

– rappeler l’utilité de la signalétique sur les programmes

Pour vous aider, la signalétique jeunesse permet de classer les programmes en fonction de l’âge en dessous duquel une émission peut troubler votre enfant. S’il connaît les pictogrammes, il pourra de lui-même renoncer à un programme inadapté à son âge s’il se retrouve seul devant la télévision.

– donner quelques règles d’utilisation de la télévision

Pour le CSA, le Ministère de la santé et plusieurs experts, la télévision n’est pas adaptée aux enfants de moins de 3 ans car elle peut freiner leur développement, même lorsqu’il s’agit de chaînes qui s’adressent spécifiquement à eux.

csaAvant 3 ans, l’enfant se construit en agissant sur le monde : la télévision risque de l’enfermer dans un statut passif de spectateur à un moment où il doit apprendre à devenir acteur du monde qui l’entoure.

– sensibiliser les parents au fait que la télévision ne doit pas être une activité solitaire pour les jeunes enfants

Quand vous pouvez, essayez de regarder la télévision et d’engager un dialogue avec lui, pour savoir s’il a peur ou s’il s’interroge et pour l’aider à développer son esprit critique.

– identifier les contenus qui pourraient choquer un jeune public

Les enfants ont le droit à l’information ; mais bien souvent, l’information généraliste des journaux télévisés n’est pas adaptée à leur sensibilité et peut les angoisser. C’est pourquoi, le présentateur doit prévenir clairement le public avant la diffusion d’images ou de témoignages difficilement soutenables. Ainsi, les plus jeunes peuvent être écartés de l’écran.

– inciter à ouvrir le dialogue entre les enfants et les parents pour désamorcer les images inappropriées

Vous ne pouvez pas surveiller tout ce que votre enfant regarde. Mais s’il a été choqué, l’impact de l’image violente pourra être minimisé par le fait d’exprimer ce qu’il a ressenti. Mais il le fera rarement de sa propre initiative, parce qu’il peut avoir peur que l’on se moque de lui ou qu’on lui interdise la télévision ou, simplement, il peut s’être accoutumé à la violence. C’est pourquoi, vous devez lui proposer des moments d’échange où il aura la possibilité de parler de ce qu’il a vu et de ce qu’il en a pensé.

S’il voit qu’un adulte s’intéresse à ce qu’il a ressenti, l’enfant osera davantage partager son émotion. Ce sera aussi l’occasion de consolider ses repères, sa représentation du normal et de l’anormal, du juste et de l’injuste.

Pourquoi cette campagne est pertinente ?

En 1999, Jacques Gonnet publie « Les médias et l’indifférence, blessures d’information ». Il met en exergue les conséquences des images et contenus violents vis-à-vis des publics, jeunes ou moins jeunes, et le désarroi qu’ils peuvent entraîner. Désarmé. Le public est bien désarmé et impuissant face au spectacle qu’il lui est donné de voir dans les reportages des journaux télévisés, un spectacle qui met en scène l’Autre, et touche notre sensibilité de façon plus ou moins consciente. Dès lors, c’est toute la relation des spectateurs et des images qu’il faut repenser.

Si le CSA s’attache surtout à sensibiliser le jeune public, c’est pour que ces pratiques de méfiance vis-à-vis des médias soient ancrées dans le quotidien des futurs spectateurs, à un moment où les plus de 15 ans passent plus de 4h par jour devant un écran. Protéger et prévenir plutôt que guérir, c’est un parti pris intelligent, qui a l’avantage de passer par des moyens modernes de communication.

Un site informatif clair et participatif

Et sinon, il a coûté combien le site ?

En complément des spots télévisés, le site apporte de nombreuses informations et beaucoup de conseils simples aux parents, comme aux jeunes. On appréciera particulièrement que le jeune public ne soit pas gagatisé par des termes infantilisants, mais que le CSA s’efforce de lui parler comme à un égal. Pas comme www.fais-gaffe.fr qui tutoie et manque de clarté dès lors que l’on rentre dans un sous-menu et feu mon-waka.fr (cette vaste blague virtuelle, plateforme gouvernementale en partenariat avec Skyrock qui « s’adressait » aux moins de 25 ans en leur disant de lâcher leurs com’z).

La partie participative du site du CSA est composée de deux espaces destinés aux parents et aux jeunes. Les parents ont ainsi la possibilité de poser les questions qui les taraudent sur l’utilisation des médias par leurs enfants (parce qu’on sait que ça les titille pas mal que leurs enfants passent autant de temps devant des écrans, et ma bonne dame, bientôt les enfants n’apprendront plus à écrire et auront tous des tablettes et toute cette violence et cette sexualité partout dans notre société, y’a plus d’valeurs, c’est moi qui vous l’dis.).

De leur côté, les jeunes (et là, on ne parle pas « d’élèves » ni « d’enfants ») peuvent exorciser les contenus violents qui les ont choqués, s’informer sur les bonnes pratiques à avoir et répondre à certaines de leurs interrogations sur la télévision, la radio et Internet. Et c’est là que ça devient intéressant.

Règlements de compte avec le CSA

Joe, 20 ans (mais on peut douter de la véracité de cette information puisqu’il ne semble pas se compter parmi « les jeunes » qu’il décrit) dénonce le paradoxe qu’il existe entre la sensibilisation mise en place par le CSA et les contenus qu’il ne censure pas à la télévision :

« Alors venons en aux critiques ; vous parlez de valeurs et de protection des la jeunesse mais vous passez des images qui vont à l’encontre de cela : ex: les rapeurs américains qui passent à la télé prônent le sexe à volonté, l’argent et les armes. On détruit ici l’image de la femme et donc de la jeune fille chez les jeunes. Je viens de cité et dans mon quartier il y a des jeunes filles de 13-14 qui baisent avec des groupes de jeunes garçons du même âge et ils l’a voient comme une prostitutué….

Pourquoi cette volonté de faire peur aux gens, la plupart des films et séries parlent de meutres de viols de sexe ou autres et les jeunes qui possèdent le moins d’esprit critique sont très sensibles à tout ça. »

On y trouve aussi des propositions, comme celle d’Aurélien, 15 ans :

« Je pense qu’il faudrait un peut plus de chaîne ados. Car il y a que Gulli et sa nous intéresses pas. Donc une chaîne ADO serait très bien. Cordialement. »

Ou des questions, comme celle de Laurine, 7 ans.csa laurine

Là où c’est un peu bête, c’est que les gens n’ont pas forcément compris le but du jeu, et des « adultes » ne peuvent pas s’empêcher de venir poster leurs remarques dans la partie « Parole aux jeunes ». Certains affichent fièrement leurs 44 printemps, d’autres pensent duper en mettant un faux âge. Exemple de Wael, (soit-disant) 14 ans :

wael

Genre à 14 ans, tu « constates une décadence dans la qualité des contenus émis à la télévision », « tu te souviens d’une époque ou TF1 diffusait du contenus intelligents (sic), des films magnifiques » (LOL, ça a déjà existé ?), tu zappes sur « la chaîne franco-allemande Arte » et TU ÉCRIS EN CAPSLOCK QUAND T’ES VENER !

Enfin, comme tout site participatif, le risque d’attirer les trolls, les spams et les commentaires affligeants (oui, on devrait en faire une catégorie de commentaires) est décuplé. Mais le CSA a dû y mettre les moyens : entre l’interface graphique hyperfluide, la modération a priori et l’engagement de répondre aux questions, le budget du projet doit bien dépasser la barre des 100 000€*. D’ailleurs, le CSA étant une instance publique, on a facilement accès à son budget et à ses marchés publics. Pour exemple, ceux de 2011.

Et vous, croyez-vous que cette campagne retranscrive une réelle volonté politique de sensibilisation des publics et d’éducation protectionniste aux médias ? 

* Ce chiffre est une estimation du coup moyen d’un site Internet et d’un salarié modérateur à plein temps.

> Le site CSA Jeunesse 
> Lire aussi : Sophie Jehel, Parents ou médias, qui éduque les préadolescents ?

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