Mon histoire

En CM2, madame B. a fait découvrir à toute la classe de mon village perdu en Seine-et-Marne l’importance du métier de journaliste.

J’ai su très vite que je voudrais « travailler avec des journalistes sans l’être moi-même ». Cette affirmation a longtemps interloqué les conseillers d’orientation. « Faites une école de journalisme, passez SciencesPo, tentez la prépa »… Avant de remplir APB, j’ai fini par rencontrer le conseiller d’orientation de mon lycée. Je me souviens m’être retenue très fort de lui demander s’il faisait partie du Front de gauche parce qu’il avait une sacrée moustache.

« J’adore écrire – je veux dire, j’ai fait des fanfics Harry Potter -, j’aime observer, je suis curieuse, je suis plutôt bonne en langues, mais jesépakoifèr.
– Anthropologue.
– WAT.
– Bonne journée. Suivant ! »

Et puis, coup de chance.

Acte I : le journal provoc’ du lycée

Au lycée, il y avait un journal tenu par des élèves. Dis Leur !, c’était un canard impertinent mensuel dont la qualité était de plus en plus reconnue au niveau national. Accompagnée de deux amies, j’ai poussé la porte de la rédac quelques jours après la rentrée en Seconde. Dans cette salle que je n’ai plus quittée pendant 3 ans, j’ai découvert que je pouvais écrire d’autres bêtises que des dissertations et que mon avis sur la politique française était aussi légitime que celui de n’importe quel commentateur. J’ai appris à réécrire des articles encore et encore pour passer d’un premier jet pourri à une version finale punchy.

dis leur 2

Quand à 16 ans, je suis devenue directrice de publication de Dis Leur !, j’ai mesuré la chance que j’avais, la chance de bénéficier de la confiance des autres rédacteurs et rédactrices, Céline, Pierre, Léna, Jéromine, l’autre Pierre, Anthony etc., la confiance de Chris, notre accompagnatrice intransigeante, la confiance de l’administration. C’est à ce moment-là que j’ai compris que je pouvais aussi me faire confiance.

Entre 2006 et 2007, Dis Leur ! a remporté deux prix du festival national de la presse jeune Expresso et un prix du concours national des journaux scolaires. On y parlait (beaucoup) de politique, (trop) de fesses, (un peu) de culture. Bref, la liberté d’expression était t o t a l e.

Une conf’ de rédac classique donnait à peu près ça :

« COMMUNISTE !
– OUAIS ET ALORS ?!
* Un marker vole à travers la pièce *
– Euh dites, les gens, on fait quoi comme Une ce mois-ci ?
– Une capote usagée pour souhaiter une bonne Saint Valentin ?
– Nan, déjà fait l’année dernière. [Nous étions des gens de très bon goût]
– Un dessin de Royal et du haut du crâne de Sarkozy avec une baseline ? Genre ‘Ségozy c’est beau la vie, pour les grands et les petits ?’
– ALLEZ ! »

Acte II : l’ennui en licence

On était bien dans ce cocon. Mais #EnVré, je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire. Quand est venu le jour de rejoindre l’univers merveilleux de l’enseignement supérieur, je m’en suis trouvée bien penaude.

Mon bac littéraire mention bien en poche, je me suis inscrite sans conviction en licence anglais/allemand à parts égales à l’université de Créteil. Pour passer le temps, j’ai pigé bénévolement pour feu Linterview.fr, la première revue de Louis et pour feu le blog jeune de Phosphore/Le Mouv’.

À l’époque, c’était bonne ambiance :

« Dites, je peux faire un article sur les filles qui vendent leurs culottes usagées sur internet pour payer leurs études ?
– OUAIS.
Yé ! Je peux écrire aussi que Besancenot est un Robin des Bois des temps modernes et que Sarkozy, c’est le shérif de Sherwood ?
– OUAIS.
– COOL. »

À 19 ans, j’ai fui la grisaille cristolienne pour découvrir le froid berlinois avec Camille et Anne-Claude. Après 6 mois à Potsdam en Allemagne, je n’avais toujours pas de projet professionnel mais j’étais riche d’une folle expérience Erasmus à l’étranger.

J’ai même adopté un vélo que j’ai appelé Suzy.

Acte III : comment une asso de jeunes m’a réorientée

À la rentrée 2009, il me restait une année à tirer pour terminer ma licence. Jean, que j’avais croisé sur les éditions d’Expresso, m’a proposé de porter un projet pour l’association Jets d’encre dont il a été président. Formée et accompagnée par Marine, j’ai contribué à relancer le Rézo des journalistes jeunes en Ile-de-France. Pendant 2 ans, on a eu du bon temps : avec les lycéens et étudiants, on se retrouvait le dimanche pour discuter avec Charb et d’autres journalistes invités, visiter des rédactions et se former à la société de l’information.

Imaginez l’ambiance pipou qui y régnait : l’argument principal de mobilisation, c’était les cookies. C’était bien.

cookiesViens on est bien.

Olivier, le délégué général de l’association, un type généreux et à l’écoute et aujourd’hui un ami, m’a énormément aidée. Quand il a vu mon investissement à Jets d’encre, il m’a proposé de rencontrer son amie Laurence, qui se trouvait être une des enseignantes du Master d’info-com de la Sorbonne Nouvelle. J’avais vu passer cette formation dans mes recherches mais je craignais de ne pas être à la hauteur et je l’avais vite mise à l’écart. Laurence a cru dès le départ en mon projet de recherche : je souhaitais faire un mémoire sur l’histoire et les mécanismes de la censure dans les journaux lycéens. J’ai même été publiée dans la revue de recherche Les cahiers francophones de l’éducation aux médias.

En octobre 2010, j’ai fait mes premiers pas dans les amphis bondés de Paris 3 pour commencer un M1 d’info-com et parallèlement, j’ai intégré le conseil d’administration de l’association Jets d’encre.

C’est là que le gros du morceau a commencé. À Jets d’encre, j’ai touché un peu à tout (sauf aux chiffres. Je. Déteste. Les. Chiffres.).

expresso 2013

J’ai participé à l’organisation de 4 festivals Expresso (réalisation du journal en direct, coordination de la photographie, orga des animations), j’ai participé à l’organisation du prix Stop aux clichés sur les jeunes dans les médias aux Assises du journalisme, j’ai collaboré à la revue de presse annuelle des journaux jeunes du Clemi, j’ai contribué au comité de pilotage de la campagne nationale pour les 20 ans du droit de publication lycéen, j’ai aidé à la formation des bénévoles, j’ai géré la communication de l’association etc.

J’aimais bien être sur tous les fronts, tout essayer et aller au bout des idées, au bout des projets. Ça a eu l’énorme avantage de me rendre très méthodique mais aussi très flexible !

Acte IV : l’étude et la pratique de l’éducation aux médias

Au fil du temps, j’ai rôdé mon discours sur le journalisme jeune et l’éducation aux médias. En 2011, mes parcours associatif et universitaire se sont enfin croisés. J’ai été reçue au Master 2 d’ingénierie de l’éducation aux médias qui me permettait également de faire une mission de service civique pour Jets d’encre. Le service civique à l’époque, c’était presque aussi facile à expliquer que le processus de fabrication du soufflé au fromage.

« Ah, donc t’es en stage ?
– Non, en service civique dans une asso.
Bénévole alors ?
Toujours pas, je suis indemnisée un peu plus de 500€ par mois.
HAN SAY DU SOUS EMPLOI. »

 

Ma mission était à peu de choses près la plus cool du monde : je coordonnais la rédaction du blog « 2012 est à vous ! Les jeunes bloguent la présidentielle » en partenariat avec L’Etudiant, Animafac et France Inter. 150 jeunes rédacteurs et rédactrices ont soumis pendant 9 mois leurs billets d’humeur et analyses politiques.

J’aime bien raconter que mon service civique m’a mise en face du candidat François Hollande pour une interview lors du forum des initiatives jeunes.

« Hollande arrive dans 5 minutes. Tu peux préparer 3 questions ?
Pour ?
Pour lui proposer un thé avec des shortbreads et lui parler de ton chat. Pour l’interviewer, tiens !
– Mais je peux lui parler de mon chat du coup ? »

J’ai aussi interrogé Philippe Poutou, Vincent Peillon et Benoit Hamon grâce au programme de France inter « Les jeunes dans la présidentielle ». Quelle folle époque ce fut.

C’est d’ailleurs à ces occasions que j’ai croisé la route de l’association Animafac, notamment par le biais de Camille, qui en a été directrice entre 2012 et 2017.

Acte V : mon premier boulot associatif

Comme à mon habitude, j’ai réussi à dégoter un intitulé de poste qui demandait 3 minutes d’explications quand on m’interrogeait sur ce que je faisais dans la vie.

« Je suis animatrice du réseau des assos étudiantes en Île-de-France.
– LOL ah oker tu fé les BDE. »

C’était une chouette expérience. Avec 4 volontaires en service civique, on organisait des formations et des rencontres pour les bénévoles étudiants franciliens.

À la fin de mon contrat, j’en ai profité pour développer Mediaeducation.fr, une petite plateforme d’éducation aux médias avec ma camarade de master Marion. J’avais déjà affiné mes connaissances en éducation aux médias en m’entretenant avec Sophie Jehel et Divina Frau-Meigs pour des articles dans la revue Les entretiens de l’info. MediaEducation m’a appris à faire du développement web, à conclure des partenariats et à faire de la veille sur internet. Nous avons quelques encouragements de taille, notamment de la part de piliers de l’éducation aux médias en France.

europe 1

Dans la série des histoires à raconter plus tard, j’ai notamment eu l’opportunité de faire un plateau sur Europe 1 avec BHL. Il avait revêtu sa plus blanche chemise et son plus beau bronzage pour venir débiter sur la Libye pendant que je m’insurgeais sur le Permis internet que les élèves de CM2 passent désormais en classe.

« C’est un plaisir d’être assis à côté d’une charmante jeune femme », m’avait-il dit avec son regard de porc salace. #VomirDesLarmesDeMesPieds

Et puis en octobre, j’ai eu une autre opportunité chez Animafac. Coline et Camille recherchaient une personne pour faire une étude sur le soutien aux associations dans les universités. De temps à autres, je filais aussi un coup de main à Jean-Michel sur la com’ en faisant des mailings et des articles pour le site internet. Quand il est parti, j’avais compris les enjeux et les défis de la visibilité d’Animafac et j’ai repris la main en tant que responsable de la communication.

Mais comme je ne sais pas faire qu’une chose à la fois, je touche un peu à tout. Je crée quelques visuels de campagne virtuelle, je développe les partenariats médias, les réseaux sociaux, je coordonne les mailings… Et je monte en compétences de façon fulgurante.

Acte VI : Des Internettes à madmoiZelle

En avril 2016, mes engagements associatifs prennent un nouveau tournant. Aussi passionnée par la vidéo web que mon compagnon de vie Thomas qui organise la Nuit Originale, je commence à m’interroger sur ses codes et je constate rapidement que la parole des femmes y est peu relayée. Un jour, c’est le déclic. Je contacte quelques connaissances sensibles aux problématiques féministes et en un apéro, les Internettes sont nées. Depuis avril 2017, nous encourageons et accompagnons les jeunes femmes qui créent des vidéos sur le web.

Et puis, après 4 ans de bons et loyaux services auprès des assos étudiantes, je décide d’aller voir ailleurs.

J’avais découvert madmoiZelle en 2013, avec les Mad Gyver et les excellents articles de société de Clémence, l’actuelle rédac chef. Les Nuits Originales me permettent de rencontrer son patron, Fabrice (dit Fab) et à l’occasion d’un de ces rendez-vous informels dont il a le secret, il m’offre l’opportunité de devenir la cheffe de projet événementiel du magazine. Aujourd’hui, j’organise donc des Grosse Teuf, des One mad show, des CinémadZ, j’envoie des Madbox et je provoque la rencontre entre des milliers de lectrices chaque mois. Pretty cool ah?

Pourquoi je te raconte tout ça, internet ?

Déjà, parce que mon CV avait besoin d’un coup de jeune. Je n’aimais pas son côté figé et les anecdotes sont l’essence des belles histoires. Et aussi parce que je crois que la vie est pleine de belles rencontres qu’on ne valorise pas assez quand nous parlons de nos parcours.

Voilà une bonne occasion de remercier toutes celles et tous ceux qui ont cru en moi. Merci !

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2 Commentaires

  1. Bonjour,

    « Parcours intéressant » comme on dit. Si j’étais politicien, je proposerai de brûler en place publique tous les conseillers d’orientation : c’est dingue les dégâts que font ces gens. Je l’ai vu avec des tas de gens différents.

    Sinon, je commentais à l’origine pour vous signaler que le lien vers Animafac est cassé.

    Bonne continuation!

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