Au lendemain de la rentrée du Petit Journal, j’ai été surprise par un appel inhabituel au travail.

« Bonjour, je suis Jonathan, je travaille au Petit Journal. Nous avons lancé hier un nouveau format d’une minute, le face cam et j’aimerais savoir si vous aviez dans votre réseau une personne jeune qui aimerait témoigner sur son premier vote. »

La veille, j’avais suivi le lancement de la nouvelle formule avec perplexité : qu’allaient-ils encore trouver pour se moquer de leur public premier, les jeunes ?


Le Petit Journal du 30/03/2011 : Les fans de Justin Bieber

Et bien Yann, tu m’as bien feintée.

3 créneaux réservés aux moins de 30 ans

Dans cette nouvelle formule, c’est sur des jeunes que repose une partie du contenu. Le face cam offre une minute d’open mic aux personnes qui voudraient faire passer un message et ce temps est aujourd’hui particulièrement investi par des moins de 30 ans. Un bac mais pas de fac, un journal lycéen (Le Zeugma, à Vanves) qui collecte des fonds pour les réfugiés, un primo votant qui veut inciter à se rendre aux urnes… Les sujets ne manquent pas et montrent ENFIN à la télévision en clair à une heure de grande écoute que nous avons des choses à dire, que nous agissons, que nous évoluons dans une société qui nous est parfois hostile.

Autre nouveauté, l’équipe a été rejointe par un lycéen embauché à mi-temps pour faire des reportages. Congrès politiques ou salon du mariage, il parcourt les événements avec un objectif : tourner à la dérision les participants ou organisateurs. On aime ou on n’aime pas, mais on ne peut que reconnaitre l’audace du Petit Journal qui est le premier média à confier une petite tranche horaire régulière à un jeune homme de 17 ans.

L’émission s’est également enrichie dans son traitement de l’actualité internationale en stabilisant les reportages de Martin Weill, l’envoyé spécial de 28 ans qui picote pas mal Daniel Schneidermann, le fondateur d’@rrêt sur images.

« La saison dernière, le rôle était tenu par Martin Weill, si jeune qu’on le croirait encore au lycée. Ils sont deux ou trois cette saison, comme lui : beaux, blancs, sympas, et tellement classes. Et jeunes, si jeunes. Des clones, tous dotés de la grâce de l’ubiquité. « 

À ça, c’est la blogueuse Liloo Dalas qui répond le mieux.

« Quelle hypocrisie de cracher sur les jeunes journalistes, de tabler sur leur âge pour mettre en doute leur légitimité. Le constat est tellement amer quand on part en stage et qu’on s’aperçoit que tous nos collègues ont plus de cinquante ans. On nous rabache qu’il « n’y a pas de boulot dans le journalisme », tu m’étonnes, toutes les places sont prises par ceux qui sont arrivés quand le secteur n’était pas encore bouché. Continue à nous cracher dessus Daniel Schneidermann, bien à l’abri derrière tes privilèges de vieux. »

À en croire le bonhomme, jeunesse n’est pas maitresse de vertu mais d’incompétence et d’inconscience. Dans sa tribune, il s’offusque du traitement volontairement léger des conflits par Le Petit Journal.

Au-delà de la vision assez réac du « grand journalisme de guerre » que défend Schneidermann, ce qui frappe, c’est l’incapacité des médias à s’adresser aux publics jeunes. Et là où le bât blesse, c’est que Le Petit Journal réunit 1,5 millions à 2 millions de téléspectateurs dont la moyenne d’âge ne dépasse pas 50 ans.

Une première prise de conscience des sujets

Le Petit Journal ne s’est jamais revendiqué comme un grand JT sérieux. Loin de la grand-messe du 20h, LPJ s’inspire plus volontiers des formats à la Last Week Tonight de John Oliver avec un objectif : faire prendre conscience aux gens de problèmes complexes et dont ils sont éloignés. Les reportages du Petit Journal n’ont donc pas vocation à apporter du fond. Ils sont la porte d’entrée vers des sujets que les journalistes ont parfois du mal à vulgariser auprès du grand public : les putschs à l’international, la crise des réfugiés, etc. Et oui, bien entendu, l’angle est le quotidien, l’humanité, et pas les négociations diplomatiques ou les enjeux politiques. Car c’est par l’affect et les sentiments que les spectateurs seront pris aux tripes au point de ne pas décrocher de leur écran. J’avoue avoir été émue par le reportage de Martin Weill qui suivait des réfugiés tentant une traversée.

 

Le message qu’envoie ces reportages n’est pas « Voici une liste exhaustive de ce que vous devez savoir sur le sujet » mais « EH ! Regardez ce qu’il se passe LÀ. Renseignez-vous, indignez-vous, parlez-en, c’est important ! ».

Je ne dis pas que les médias ne doivent plus faire de fond pour intéresser les publics. Je pense simplement que des formats de ce type sont nécessaires et complémentaires d’autres productions journalistiques. Pourquoi les dézinguer ?

Schneidermann a raison

Il y a un point où je rejoins Schneidermann. Ça manque de zouz et de diversité. Sérieusement, où sont les femmes ? Allez les gars, la saison prochaine, on vise la parité !

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