Mathieu Gallet, fiction et spatialisation : la radio de demain, c’est déjà aujourd’hui !

Le 27 février, le CSA a désigné Mathieu Gallet à la tête du mastodonte Radio France. A 37 ans, l’actuel président de l’INA porte déjà le poids des nombreux défis à relever pour ce service public qui va de restructurations en restructurations. Pour autant, le petit monde de la radio n’a pas attendu 2014 pour innover. Et si les deux enjeux étaient aujourd’hui la fiction et la technologie ?

Nomination de Gallet : quand le service public « laisse place à la jeunesse »

Les pronostics autour de la nomination de la Présidence de Radio France sont allés bon train ces derniers mois. Mais la véritable surprise si l’on en croit les médias, c’est la jeunesse de M. Gallet. 37 ans, aucune formation énarque et « seulement » deux ans et demi d’expérience de direction. Le quotidien Le Monde ne s’en remet pas.

Libération non plus, qui décrit un « jeune dirigeant à la carrière déjà longue » et pointe « la brillante audition du jeune candidat, qui se détachait très nettement des autres ». Il aura fallu attendre 2014 pour que les médias découvrent que les moins de 55 ans ont des compétences aux postes de direction. Et encore, ils n’en ont pas l’air bien bien sûrs.

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Moi, tous les matins.

Le poste de radio, ce gadget ringard

Alors que la radio constituait un passe-temps assez exclusif il y a 60 ans, elle ne représente aujourd’hui qu’un fond sonore « par défaut » pour les jeunes publics. Rares sont les auditeurs qui choisissent leurs moments radiophoniques, et le marché du podcast a encore un long chemin à parcourir. Alors que Mediametrie annonçait 43,6 millions d’auditeurs radiophoniques en novembre-décembre 2013, 30 millions de podcasts étaient téléchargés sur la même période. Aucune donnée ne précise cependant combien d’internautes sont concernés par cette pratique.

Le numérique – cet objet aussi vaste et flou qu’utilisé à toutes les sauces – est loin d’être le principal enjeu de la radio de demain. La radio publique cherche toujours son jeune public, en rude concurrence avec les stations commerciales. En décembre, NRJ remportait 7,2% voire 7,4% de part d’audience, contre 0,5% pour le Mouv, la fréquence étiquetée « jeunes » de Radio France.

Alors, quelles solutions envisager pour gagner l’affection des jeunes auditeurs ? Voici deux pistes à creuser.

Le numérique est mort, vive le storytelling !

C’est en tout cas l’idée que porte la nouvelle génération de la radio. Raconter des histoires aux auditeurs, les faire sortir de leur quotidien bourré de mauvaises nouvelles serait une piste pour attirer de nouveaux publics. Et l’idée est loin d’être stupide : dans le secteur ludique, deux types de jeux cartonnent auprès des 12-25 ans : les jeux de rôles (en plateau, notamment) et les jeux d’aventure. On ne présente plus les jeux de rôles tant ils nourrissent les fantasmes des médias et parents : de Mario à World Of Warcraft en passant par Final Fantasy ou Pokemon, leur succès auprès des jeunes n’est plus à prouver. Et qu’y trouve-t-on ? Des univers incroyablement divers et riches, des histoires fantaisistes ou d’un réalisme saisissant.

Beyond : Two souls est-il un jeu vidéo de propagande de la théorie du djendeur ?Beyond : Two souls est-il un jeu vidéo de propagande du djendeur ?

D’après notre ami Wikipédia, le jeu d’aventure se caractérise quant à lui « par un scénario ‘riche’, c’est-à-dire par une véritable narration (à opposer à des jeux de simulation sportive ou des jeux de tir par exemple, qui mettent plus en avant l’action et les réflexes qu’un véritable scénario) ». La saga Myst et plus récemment l’excellent Beyond : Two Souls – qui relève de la sous-catégorie du film interactif – sont de bons exemples de ces succès populaires.

On comprend donc sans difficulté pourquoi la jeune génération pro de la radio mise dans ces formats fictionnels. Thomas Hercouët, producteur radio de 25 ans au palmarès impressionnant (plusieurs productions pour Radio France, une émission en anglais « The Detective » récompensée par un award aux New York Festivals, un concept de podcast déroutant « L’originale »), y croit.

Thomas Hercouët, en flou.

Thomas Hercouët, en flou.

Il analyse : « La radio doit informer, cultiver et divertir les auditeurs, si possible les trois à la fois. Tout dépend des programmes et des identités, mais il existe une constante dans la pratique d’écoute qui correspond à tout ce qui a toujours existé: un auditeur écoute une émission comme si ceux derrière le micro ne s’adressaient qu’à lui. C’est comme une relation amoureuse, finalement, quand on allume le poste, on a envie de savoir qu’on est parti pour un beau voyage, mais rien ne nous stimule plus que les bonnes surprises… »

Concrètement, à quoi ressemble une radio qui nous raconte une histoire ? Au 21ème siècle, nous n’avons rien inventé. La fiction radiophonique la plus connue reste sans doute l’adaptation de « La guerre des mondes » diffusée en 1938 sur CBS. D’ailleurs, saviez-vous que la « panique médiatique » que l’on cite si souvent autour de cet épisode était un hoax ? Thomas Hercouët nous donne un aperçu de la fiction radio actuelle avec ce court podcast… émouvant :

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Ça va ? Vous pouvez ranger les mouchoirs. Et parlons technique désormais.

La radio en 3D Dolby Digital Surround home cinema comme chez tonton

La deuxième piste qu’explore actuellement la Maison de la Radio est une expérience plus immersive de l’écoute : l’utilisation du binaural, vulgairement traduit par « le son en 3D ».

Thomas Hercouët explique : « Faire de la radio, c’est créer un contenu éditorial qui sollicite le sens auditif. La principale avancée technologique sonore, d’ailleurs plus ancienne qu’il n’y parait (elle a juste été démocratisée et optimisée par l’informatique) est la spatialisation du son. La stéréo est une forme de spatialisation, le 5.1 en est une autre, et désormais le binaural, qui consiste à reproduire l’espace 3D dans lequel nous vivons avec des sons qui viennent de partout à l’aide d’un simple casque. » 

Si l’on prend l’exemple de la musique, le binaural peut donner ce type de résultat (à écouter au casque !) :

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Impressionnant, non ?

Maintenant, je vous propose de voyager en regardant aux vitres du train, en binaural toujours.

Que se passe-t-il dans notre cerveau, dans notre oreille lorsque nous expérimentons cette technologie auditive ? Tout d’abord, nous nous immergeons. Le port du casque nous astreint à vivre une aventure auditive entière qui ne souffre aucune forme de distraction. On ferme les yeux et on y est. Vous avez entendu George Harrison passer derrière vous dans la chanson des Beatles ?

Ensuite, on se laisse aller. L’imagination vogue. Parfois même, les sons rendus au plus près de la réalité provoquent des réactions épidermiques. De l’ASMR, comme Autonomous Sensory Meridian Response, ces « orgasmes cérébraux » dont a parlé Rue89 récemment. Une sensation de bien-être, un frisson, des cheveux qui se dressent à l’arrière du crâne. Non, vous n’êtes pas folle ou fou, c’est le creux de votre oreille qui est sensible à ces modulations du son.

Voilà quelques possibilités offertes par le média radiophonique aujourd’hui. Et malheureusement, elles sont peu connues. Alors, chers responsables médiatiques, cessez donc de vous lamenter sur les pertes d’audience et lancez franchement cette (r)évolution journalistique. Racontez-nous des histoires, expérimentez. Les moyens sont là… Il n’y a plus qu’à !

En savoir plus

L’article de Libération sur la nomination de Mathieu Gallet
La plateforme NouvOsons de Radio France

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2 Commentaires

  1. Wow, c’est tripant le mixage de Here comes the sun !

    Un autre truc marrant concernant la nomination de Mathieu Gallet : le cabinet d’avocat qui menaçait de poursuites tout contributeur Wikipédia qui disait du mal de lui (https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Discussion_utilisateur:Trizek&diff=prev&oldid=101612405).

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