Video City Paris : quand les ados adulent, les médias médisent

« Ados hystériques. Cris. Pleurs. Dédicaces. Selfies. Cyprien. Natoo. Bruit. Parents dépassés. Business. YouTubers. » Ce week-end, c’était Video City Paris. Ou plutôt, c’était le Video City Paris que les médias nous ont vendu.

Faux départ

Video City Paris est un salon d’exposition de « YouTubers » à destination des jeunes. À l’origine, le salon devait être organisé au printemps 2015 par les groupes M6 et Canal+ qui détiennent respectivement Golden Moustache et Studio Bagel, deux collectifs de jeunes vidéastes à succès. En avril, alors que les premières places sont déjà vendues, les deux groupes sont rejoints par Mixicom, une filiale de Webedia – un groupe culturel et médiatique très influent qui concentre notamment Allociné, jeuxvideo.com, Pure People, etc.

Dans l’esprit de départ, on était déjà loin de la logique des conventions de passionnés : à VCP, ce sont les groupes qui financent, ont la main sur les partenariats et sur la communication publique. Du coup, quand Mixicom rejoint le game en avril, l’événement est mis en pause. On rembourse alors les places achetées (mais pas les billets de train avancés par les participants) et on recommence toute la négociation avec les talents.

Video city apris reporté

Les organisateurs font table rase des premières invitations aux vidéastes, on assiste à un jeu de chaises musicales dans l’équipe d’orga et en quelques semaines, voilà la communication réajustée. Le 1er juillet, les ventes pour l’événement annoncé les 7 et 8 novembre à Porte de Versailles reprennent.

Un show à l’américaine

20 et 35€ pour rentrer à VCP un ou deux jours, ça reste raisonnable. En comparaison, il faut compter en moyenne 150€ pour accéder à la VidCon américaine. Et pour rendre l’événement inoubliable, les organisateurs n’ont pas lésiné sur les moyens. VCP n’était pas un simple salon où l’on payait pour caresser l’espoir d’avoir un selfie avec sa star, il s’agissait par moments d’un véritable spectacle à l’américaine.

15 000 personnes auraient assisté à la performance de Norman et Squeezie qui ont repris sur scène leur dernière chanson autour du jeu vidéo Assassin’s creed.

video city paris normanVideo City Paris by Fanta by Ubisoft by Apple

C’était tellement à l’américaine d’ailleurs qu’en plein centre du salon, on tombait nez à nez avec une « Boutique YouTubers » et que les vidéastes musique, sport et cooking se retrouvaient dans le même panier.

VCP vs NeoCast

Contrairement à ce qu’ont écrit de nombreux médias, VCP n’est pas le premier festival consacré aux « YouTubers ». Il a été devancé par la NeoCast, une convention de passionnés organisée en mai 2015 à Strasbourg et qui est passée complètement en dehors du radar médiatique. Pourtant, niveau programme, ça ne rigolait pas. Pendant deux jours, 70 vidéastes qui pèsent sur YouTube sont venus animer des masterclass et ont participé à des tables rondes culturelles et éducatives. Pour ce baptême du feu, l’organisation a vendu 3 000 entrées. Un grain de sable à côté de VCP. Mais un grain de sable qui a le mérite d’avoir été entièrement conçu par des étudiants d’une vingtaine d’années.
neocast 2015

Ça calme.

Les vidéastes intervenant à la NeoCast semblent en être ressortis globalement satisfaits. Quand ils ont été approchés par les organisateurs de la V1 de Video City Paris, ils étaient donc naturellement partants pour tenter l’expérience à la Porte de Versailles. Mais certain.e.s ont vite déchanté.

Qu’un organisateur d’événement ne défraie pas les trajets est une chose. Qu’il demande aux intervenants de payer leur entrée au salon… C’en est une autre ! Apparemment, dans le YouTube game orchestré par les groupes médiatiques, il y a les vidéastes qui méritent d’être payés pour signer des dédicaces… Et il y a les autres.

YouTube money-ey-ey-ey-ey

Pourtant, avec leur beau sponso Fanta, les organisateurs ne manquaient pas de tréso pour défrayer des intervenants. Quoi vous l’avez raté ? Que Video City Paris était sponsorisé By Fanta ?

videocityparis-by-fanta

L’histoire ne dit pas s’il y avait des urinoirs by Fanta à Video City Paris.

En tout cas, ça a dû passer complètement à côté de la conscience professionnelle des journalistes qui ont « oublié » la marque dans chacun des articles pondus. C’est pas très gentil pour la filiale historique de Coca Cola qui avait pourtant une stratégie de marque si subtile 🙁

Video City Paris BY FANTA, ça en dit long sur le système économique qui s’installe tranquille dans la création culturelle de contenus adressée aux jeunes. Le secteur numérique est malheureusement terriblement cruel avec les talents du web. Sans des revenus publicitaires, réaliser des vidéos sur YouTube ne rapporte rien. Ce n’est pas un hasard si les collectifs de vidéastes se plient à la réalisation de contenus avec du native advertising, de façon plus ou moins transparente pour leurs publics.

L’argent et le bling bling des « YouTubers », c’est d’ailleurs ce qui obnubile les médias.

FireShot Screen Capture #081 - 'Video City Paris _ les youtubeurs, un secteur économique naissant' - www_rtl_fr_actu_economie_video-city-paris-les-you

france info

figaro

On dirait que les médias disent encore plus « renday l’argen o zaboné » que les abonnés eux-mêmes. La preuve que dire à des journalistes « pas de questions sur le business model » est le meilleur moyen de les faire écrire sur le sujet. Les taquins.

Des « YouTubers » meilleurs que certains profs

Les journalistes qui prennent l’angle financier pour traiter de VCP se mettent pourtant bien le doigt dans l’oreille jusqu’au petit orteil. Tout d’abord, c’est oublier que tous les créateurs présents à VCP ne vivent pas de leurs vidéos. Dans les reportages, on retrouve toujours les mêmes : Norman, Squeezie, Natoo et EnjoyPhenix, des vloggers et vidéastes gamers au contenu assez léger et dépassant systématiquement le million de vues. Pourtant, à VCP, il y a avait aussi des talents du web qui éduquent parfois mieux que des profs. Cyrus North aborde avec humour des questions philosophiques, Nota Bene décortique des faits historiques, Elle Mady nous aide à survivre en jungle urbaine quand on est une jeune femme, le Comité des reprises ferait pâlir plus d’un prof de musique.

Franchement, avec tous ces contenus disponibles à la demande, il y a de quoi s’interroger sur l’utilité d’aller en cours. Mais non, continuons de parler du masque à la cannelle d’EnjoyPhenix et du fric de Norman.

L’écosystème YouTube ne se limite pas à 3 vloggers cités systématiquement par les journalistes. YouTube n’est pas une plateforme binaire, avec les vidéastes à succès et les anonymes. C’est un univers riche, divers et incroyablement pointu dans lequel chacun.e peut devenir créateur.rice de contenus. Pour le meilleur et pour le pire. Le nombre de vues est loin d’y être corrélé avec la qualité du contenu. Et l’erreur que fait la majorité des médias, c’est de croire que la partie immergée de l’iceberg est représentative du reste.

YouTube et les médias traditionnels

Et pour cause, avec l’émergence des talents du web, voilà le milieu de l’édition et du journalisme complètement déphasé. Les annonceurs publicitaires si prompts à vouloir toucher des jeunes publics ont vite compris la manne financière qui se dégageait des créateurs de vidéos sur internet. Dès lors, pourquoi continuer à perfuser les vieux médias ? Voilà donc les vidéastes en directe concurrence avec les médias.

Les financeurs savent bien que les ados sont une cible médiatique super rentable. Pendant les années collège, si vous n’êtes pas dans la masse des 11-15 ans standards, vous n’existez pas. Pire, vous êtes la proie idéale pour un petit harcèlement scolaire quotidien. Les phénomènes adolescents s’installent donc très rapidement : Snapchat, Whisper et les vlogs incarnent le cauchemar des parents et des pédagogues paumés car leur ampleur les rend vite incontrôlables par « le monde des adultes ». Avoir 25 000 personnes à VCP était donc un jeu d’enfant.

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Les ados sur Snapchat, je vous jure.

Un star system subi ?

Être un.e vidéaste à succès ne veut pas dire aimer les conséquences de ce succès. Je doute fortement que tous les « YouTubers » star de VCP aient apprécié d’être escortés par des gardes du corps, d’avoir à faire le show et de vanter les mérites des marques. Certains aiment peut-être ce système, d’autres moins. Tous les vidéastes n’étaient pas à VCP par plaisir, ils étaient là parce que c’est leur boulot.

Mais j’imagine que c’est exactement comme quand ton boss te dit : « Bon Gégé, séminaire de formation obligatoire ce week-end, je compte sur toi », t’as pas d’autre choix que d’y être, sinon tu risques de perdre ton taff. Si Mixicom décide d’imposer à Norman, Cyprien et Natoo d’aller VCP ou chez Ruquier, quel autre choix ont-ils que celui de sourire et de faire des selfies ?

La relation entre les talents et les networks reste (volontairement) opaque. Nous n’aurons jamais accès aux petites lignes sur les contrats. Nous ne saurons jamais vraiment qui des talents ou des agents met le plus de pression pour faire des apparitions médiatiques. Mais vu notre amour générationnel pour les choses de la télévision, j’ai ma petite idée de la réponse.

Edit du 12/11/15 : Suite à la parution de cet article, Natoo dément s’être faite imposer d’aller sur le plateau d’On n’est pas couché et à VCP.

Dans un billet de blog, Korben défend le travail de ces créateurs et les implore de ne plus prendre part au système médiatique traditionnel :

« Vous êtes actuellement les reines et les rois du net et vous n’avez jamais eu besoin des anciens médias, pour exister. Alors par pitié, arrêtez de jouer leur jeu et de répéter ces vieux schémas. Continuez à leur piquer des budgets et des audiences, continuez à soulevez les foules, continuez à nous faire marrer…

… Et au diable tout le reste. »

Mais en ont-ils toujours le choix quand leur réputation est gérée par des networks ?

Le marronnier de l’hystérie adolescente

À mes yeux et sans surprise, le traitement médiatique de VCP n’a été qu’un ramassis de clichés. Mais l’article qui a gagné la palme du stéréotype reste sans conteste celui du Monde : Hystérie adolescente à Video City, premier festival des YouTubers français.

Dans toutes les décennies, les médias se sont moqués de l’hystérie des ados pour certains phénomènes : les Beatles, Patrick Bruel, Justin Bieber, les One directions… La cible, c’est maintenant les vidéastes.

C’est facile de se moquer des ados. Les jeunes sont des proies idéales : ils n’ont pas de porte-parole pour se défendre, pas de syndicat pour monter au créneau dès qu’on les stigmatise, pas de canal massif pour crier ce qu’on a tous pensé à un moment entre nos 11 et 20 ans : LÂCHEZ-NOUS LA GRAPPE et laissez-nous vivre nos passions.

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Merci @gouvernementFR pour ce trait d’humour je suis MDR

Mais dites les médias. Parle-t-on de « vieux hystériques » pendant le Tour de France ? Aux croisières avec Frédéric François ? Aux concerts de Johnny ? Aux Coupes du Monde de foot ? C’est quoi la différence entre les bousculades et les cris du début des soldes et celui de VCP ?

Finalement, à quoi sert cet article du Monde si ce n’est à cultiver le discours des vieux cons qui pensent que les jeunes sont décidément une espèce bien bestiale et imbécile ? Les reportages sur VCP et les vidéastes se suivent et se ressemblent tous. On assiste à des déambulations hébétées des journalistes qui oublient ce que c’est d’avoir des rêves et une passion. Croyez bien que si à 13 ans, j’avais pu rencontrer Daniel Radcliffe pour 35€, je l’aurais fait mille fois. Et ouais, j’aurais peut-être crié en l’apercevant.

Qu’y a t-il-de mal dans cette passion si elle permet de se sentir mieux dans sa peau, de passer cette période de merde, ces années d’adolescence  pendant lesquelles le monde entier nous regarde de haut ? Que voir dans le traitement médiatique de ces derniers jours si ce n’est du mépris et peut-être une certaine forme de jalousie face à un sentiment fort et puissant, un sentiment intense qui rappelle qu’on est vivant.e et qu’on existe pour quelque chose ?

Ne retenir que les cris et les pleurs des ados, c’est mépriser tout le travail des vidéastes qui ont mis des années à construire leur ligne éditoriale et leur réputation. Présenter les passionnés de webculture comme des consommateurs superficiels, c’est nier toute une partie du public qui croit en des valeurs générationnelles fondamentales : le partage et la diffusion des savoirs. Et au fond, est-ce que ce ne sont pas là les principes d’une démocratie ?

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13 Commentaires

  1. Dieu merci, ENFIN un article qui remet certaines choses à leurs places !

    Et merci pour la découverte du Comité des Reprises, j’adore !

    Je n’ai pas été à VidéoCity et je fais face depuis une semaine à ce constat qui me dérange, d’un côté la presse et les articles qui se focalisent sur le négatif et stigmatisent à tout va, et de l’autre côté les retours des Youtubeurs et des gens y étaient qui sont juste à l’opposé des articles que j’ai lus…

    Je ne comprenais pas du tout ce qu’il s’était au final passé la bas puisque j’en avait 2 sons de cloches différents.

    Ton article m’a donc permis de comprendre qu’il y avait bien 2 sons de cloches dans mes oreilles, et que même si les 2 n’étaient pas faux, tout n’était que question de point de vue.

    Par contre je trouve que la partie questionnement sur le rapport entre les networks et les youtubeurs commence à émerger et à faire râler de plus en plus de monde.

    Tu penses qu’un jour sortira de la foule un network indépendant ? Un truc monté par les Youtubeurs pour les Youtubeurs dans l’idée (utopique j’avoue)…

    • Marie Camier-Théron

      11 novembre 2015 at 17 h 01 min

      Merci 🙂
      Je pense qu’aujourd’hui, rien n’empêche de créer un network indépendant et éthique. Le faire sortir de la masse en revanche, c’est un sacré défi, vu la concurrence qui existe. Mais une chose est sûre : il y aurait de nombreux vidéastes preneurs.

  2. Malheureusement je n’arrive pas à comprendre la démarche. Pourquoi utiliser la réaction rétrograde des « grands médias » pour essayer de justifier le comportement de certains youtubers ? Ici on parle tout de même d’une minorité qui a régulièrement accepté la main tendu par la TV et autres grandes marques. Ce cap ne semble pas important et pourtant c’est à cet instant que leur activité est devenue un business. Business qui reprend largement les codes emprunté par ces « grands noms », introduisant les relents de la TV et qui aujourd’hui ne semble pas tant gêner ces quelques youtubeurs, contrairement à ce que tu penses croire. Toute cette situation me rappel ce qu’a vécu le rap dans les années 90, salis par ces mêmes personnes et leurs mêmes méthodes. Séparant un art en deux parties : une qui ne cesse d’évoluer, se perfectionner mais dans l’ombre de la seconde : une gigantesque pompe à fric. Il explique à un moment que ces gens ont dû travailler dure pour en arriver là. Moi j’ai envie de penser à celui qui travaille dure pour garder sa parfaite indépendance sans avoir à vendre son cul à Nestlé ou Canal +. Car c’est bien ici un des plus beaux cadeaux que nous a offert Internet : une réelle alternative aux médias existants. Certes ce n’était surement pas leurs intentions au départ mais ils sont devenus le porte étendard de la TV sur Internet, cette même TV qui compte dans ses rangs quelques animateurs trop cons ou trop intelligents prêt à tout pour qu’on puisse parler un peu d’eux.

    Ces derniers jours un bloc s’est créé car beaucoup de personnes ont eu l’impression que leur monde, celui d’internet, se faisait attaquer. Pour moi il l’est depuis qu’on a accepté cette industrie s’introduire.

    • Marie Camier-Théron

      11 novembre 2015 at 17 h 08 min

      Je partage ton avis sur le fait que le milieu industriel et médiatique français n’a pas attendu VCP pour s’incruster dans la création culturelle sur internet.

      En revanche, il ne faut pas être naïf sur les modèles économiques qui existent aujourd’hui pour financer ses créations dans le secteur numérique. On assiste à un quasi monopole du secteur publicitaire qui tire les rémunérations (et les contenus éditoriaux) vers le bas. Mais tu admettras que quand on a une passion, c’est naturel de vouloir en vivre ! On ne paye pas son loyer avec des pouces bleus et des « merci, c’est génial ce que tu fais ». Je comprends donc que certains optent pour la facilité au détriment de certains principes.

      Certains talents du web tentent bien sûr de créer leur propre modèle économique mais aucun d’entre eux semble parfait. Les tipee et crowdfundings divers enlèvent les systèmes d’intermédiaires et de publicités mais ils créent une relation de producteur/consommateur entre les vidéastes et les visionneurs.
      Aucun modèle n’est donc parfait mais bonne nouvelle ! Nous avons tout à inventer. On va bien trouver un système plus éthique dans les années à venir 🙂

  3. Bonjour,
    C’est moi qui ai fait le dessin du selfie pour le gouvernement.
    (je précise que j’ai eu quartier libre, rien ne m’a été imposé )
    Cette illu a été mal comprise, ( donc c’est qu’elle n’est probablement pas claire) je ne dis pas que les jeunes sont des imbéciles, je dis que quand on est ado, on fait des conneries qu’on regrettera plus tard. Forcément. Ce type de photo est l’exemple-type de ce qu’on voudra oublier une fois « adulte ». Le droit à l’oubli, c’est précisément ce qu’il fallait illustrer.
    http://www.gouvernement.fr/la-loinumerique-en-9-dessins-dont-un-burger-et-une-fusee-2916

    • Marie Camier-Théron

      11 novembre 2015 at 20 h 42 min

      Merci pour votre explication Olivier, je suis ravie que vous ayez expliqué ici votre intention. Je comprends tout à fait ce que vous avez souhaité illustrer et votre volonté de marquer et de rendre compte d’une situation dans laquelle on peut facilement s’identifier. C’est tout l’enjeu d’une campagne de communication marquante.

      Je suis néanmoins gênée par les clichés qu’on y retrouve (« swag », duck face) qui, sous couvert d’humour, stigmatisent toute une génération. J’aurais ri de votre illustration – qui est par ailleurs esthétiquement très réussie – si je ne voyais pas au quotidien des médias, des recruteurs, des profs, des parents dénigrer les jeunes. Le problème, c’est qu’à force de représenter les adolescents comme des fainéants, des incapables, des égocentriques, des irresponsables, on intériorise des préjugés sur toute une génération. Et les conséquences sont absolument désastreuses sur la perception que nous avons de nous-mêmes. Pour moi, votre illustration contient une forme d’humour oppressif. Mais c’est ma perception des choses et je sais que d’autres ne l’ont pas vu ainsi. Tant mieux, nous ne sommes pas là pour être tous d’accord !

      • Je vois ce que vous voulez dire, mais je pense que l’humour contenu dans cette image n’est oppressif que parce qu’il émane du gouvernement; ce à quoi je n’avais pas forcément (assez) pensé avant de dessiner (c’était mes premières illustrations en leur nom). Vous noterez d’ailleurs que tous les autres personnages de la série sont ultra-neutres. Pour cette illustration, je n’ai tout simplement rien trouvé de mieux qu’exploiter des clichés dans le faible délai dont je disposais. Cependant je trouve que les clichés que l’on véhicule étant jeunes (un look minable de hippie-en-lycée-d’arts-plastiques pour ma part ) sont ce qu’il y’a de plus gênant quand on y repense plus tard, car ils ne représentent pas réellement notre personnalité, mais notre facilité à tomber dans le panneau, et en fait notre vulnérabilité.

        • Marie Camier-Théron

          11 novembre 2015 at 22 h 46 min

          Je suis tout à fait d’accord avec vous et j’imagine bien les contraintes que vous avez eues. Merci pour votre réponse !

  4. « Quand on a une passion, c’est naturel de vouloir en vivre ! »
    Erf… Forcément ? J’envisage parfaitement qu’on puisse vouloir assurer ses revenus avec sa passion, mais est-ce pour autant une bonne idée ? N’est-ce pas là ouvrir la porte aux compromis, à la dépendance, à la perte du contrôle et de la qualité de ce que l’on produit ?

    « Je comprends donc que certains optent pour la facilité au détriment de certains principes. »
    Encore une fois, non. C’est très difficile, et ça demande beaucoup de courage, de travail et d’abnégation, mais NON, il ne faut pas céder face à la facilité. Jamais. Il vaut sans doute mieux travailler dur pour créer du contenu de qualité et stagner en nombre de vues et d’abonnés, plutôt que diluer ses productions pour cartonner. Ca a l’air condescendant, dit comme ça, mais c’est comme le rappelle Alex le seul moyen de dégager de YT les investisseurs malodorants venus de la TV, qui contribuent à éloigner le net de sa mission initiale : proposer AUTRE CHOSE. Quelque chose de libre, sans compromis.

    C’est très noble de la part des abonnés de défendre leurs Youtubeurs préférés face aux médisants. Mais qui défendra les abonnés face aux pratiques marketing des Youtubeurs ?

    • Marie Camier-Théron

      11 novembre 2015 at 21 h 05 min

      Sur le principe, je suis tout à fait d’accord avec toi. Je ne sais pas si tu as déjà discuté avec des producteurs de contenus, mais la réalité est bien moins simple que dire « non, je refuse ce système et je vais en créer un autre, plus indépendant ».
      Juste une précision : je ne défends pas le système ici, je pose des constats et j’essaie d’en comprendre les mécanismes. Ce que j’écris est donc basé sur des observations.
      Je te conseille vivement la lecture d’un article des Inrocks sur cet éco-système.

  5. Merci Marie pour cet article très clair, très agréable à lire !

    Juste un truc à dire… Vive Tipee , non?? Enfin, ça me parait le moyen le plus simple de payer les créateurs que l’on aime, de façon directe et choisie… Pour l’instant c’est tout nouveau et pas encore démocratisé et je ne sais pas si ça ce démocratisera un jour (moi la première je suis habituée au « gratuit » sur internet »), mais ce serait quand même le plus sain, j’ai l’impression !

    • Marie Camier-Théron

      11 novembre 2015 at 22 h 49 min

      Oui vive Tipee ! 🙂 Mais cela ne résout pas tout. Les revenus sont bien insuffisants pour des projets ambitieux. Mais c’est mieux que rien !

  6. Concernant le native advertising dissimulé on se focalise sur les « têtes de gondole » mais personnellement je suis également choquée par celui fait par des milliers de femmes et d’adolescentes pour les cosmétiques, produits de beauté, la mode vestimentaire, les produits culinaires. Ce n’est pas parce que ça concerne des produits peu chers et des youtubeuses peu fortunées que cela est acceptable, surtout qu’à mon avis ca brasse encore plus d’argent. Sinon où mettre la barrière ? Comment nos enfants pourront-ils faire la part des choses ? Il faudrait imposer légalement à tous les vidéastes qui parlent d’un produit quel qu’il soit de préciser s’il leur a été offert et s’ils ont reçu de l’argent ou un quelconque avantage en nature de la part de la marque.

    À part ça la génération Club Do qui se moque de l’attrait des jeunes pour les youtubeurs humoristes star ça me fait doucement rigoler. Tout comme un article de blog du Monde que j’avais lu qui se moquait bêtement des tutoriaux qui pullulent (et qui nous ont tous sauvé la mise un jour ou l’autre).
    En réalité à partir du moment où on parle « des youtubeurs » de « la télévision » pas grand chose de constructif ne peut émerger

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